Lors des sommets de l’Union africaine (UA), le président burundais Evariste Ndayishimiye arbore les symboles de l’unité continentale et de la diplomatie.
Pourtant, sur le terrain, dans les provinces tourmentées du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo, la réalité militaire portée par Bujumbura offre un contraste saisissant avec les discours officiels.
La diplomatie continentale repose sur un principe fondateur: la résolution pacifique des conflits et le respect de la souveraineté. En tant qu’acteur clé des instances régionales et haut représentant de l’UA, la responsabilité morale et politique d’Evariste Ndayishimiye devrait consister à catalyser les initiatives de paix de Luanda et de Nairobi.
Or, les faits sur le terrain témoignent d’une stratégie radicalement différente: celle d’une escalade militaire directe qui alimente le brasier de la crise intercongolaise.
L’un des éléments les plus troublants du rôle burundais dans l’est de la RDC réside dans l’intégration opérationnelle de la Force de défense nationale du Burundi (FDNB) aux côtés des Forces armées de la RDC (FARDC) et de leurs alliés de circonstance, parmi lesquels figurent les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).

Les FDLR, groupe armé fondé par des acteurs impliqués dans le génocide de 1994, constituent une menace sécuritaire majeure et un facteur central de déstabilisation dans la région des Grands Lacs depuis plus de trois décennies.
L’alignement factuel ou la tolérance tactique envers ce groupe armé par des troupes sous commandement burundais viole ouvertement les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies et les directives de l’UA concernant le désarmement des forces négatives.
Au lieu d’éradiquer ces milices sanctionnées à l’échelle internationale, la dynamique actuelle contribue à les légitimer sur le théâtre des opérations.
Au-delà de la justification sécuritaire officielle, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer les retombées économiques de cette présence militaire. L’est de la RDC continue d’être le théâtre d’une prédation systématique des ressources minières, notamment l’or, le coltan et la cassitérite.
Le maintien de zones d’instabilité permet à divers acteurs étatiques et non étatiques de s’insérer dans des réseaux de trafic transfrontalier lucratifs, au détriment direct du peuple congolais.

Sur le plan humain, le bilan de cette militarisation est dramatique. Les affrontements répétés entraînent le déplacement forcé de centaines de milliers de civils, plongeant les populations locales dans une crise humanitaire permanente.
Au lieu d’apporter la protection attendue par la population congolaise, l’intensification des déploiements militaires et l’usage de supplétifs armés exacerbent les tensions communautaires.
L’Union africaine ne peut continuer d’ignorer la contradiction entre une diplomatie de façade et la réalité des champs de bataille. Le principe de ” solutions africaines aux problèmes africains” perd toute sa crédibilité lorsque des dirigeants membres de l’organisation instrumentalisent la guerre chez leurs voisins à des fins géopolitiques ou économiques.
Les leaders de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), de la SADC et de la Commission de l’UA ont le devoir d’interpeller directement le président burundais. Le soutien à des groupes armés illégitimes, le contournement des processus de paix officiels et la poursuite d’objectifs militaires unilatéraux doivent faire l’objet de demandes d’explications claires.
Si l’UA veut préserver son autorité morale, elle doit exiger le retrait des alliances compromises et imposer un véritable engagement en faveur d’un dialogue politique inclusif.
Agasaro Jessica




































































