A 29 ans, Karen Bugingo, est mariée et mère d’une fillette âgée d’une année. Cette rescapée de génocide perpétré contre les Tutsi en 1994, vient d’échapper également au cancer à un stade avancé, le stade quatre. Elle retrace son parcours et son combat…
En 2012 alors qu’elle n’avait que 19 ans, juste avant l’obtention du diplôme de la 6ème année secondaire, ce qui a commencé comme une douleur à l’os de la hanche droite s’est transformé en une expérience qui a changé sa vie.
A cause des maux, elle commence à boiter et avant longtemps, elle ne pouvait plus marcher. « Je pensais que mes os étaient simplement disloqués ou avaient un problème, » dit-elle. « J’ai commencé à chercher un traitement et j’ai finalement abandonné l’école, » raconte-t-elle.
A la recherche d’un remède, Bugingo a contacté des médecins à Kigali, puis à l’hôpital de Nairobi, au Kenya. sans obtenir un diagnostic clair. « Petit à petit, chaque médecin a continué à détecter quelque chose, » indique-t-elle.
Pendant une année entière, elle était dans cet état de suspense et de douleur. Elle utilisait des béquilles pour se déplacer. Finalement sa famille a eu l’idée de l’emmener en Inde. Avec sa tante comme aide-soignante, elle a pris l’avion pour l’hôpital de Narayana à Bommasandra, Bangalore en Inde.
En novembre 2012, Bugingo a reçu un diagnostic de cancer lymphatique de stade quatre à la hanche droite.
Douleurs croissante
Outre la douleur incessante à la hanche, elle perdait environ cinq kilogrammes par semaine. Elle était également incapable de manger.
«Ironiquement, quand j’ai appris que j’avais un cancer, ma réaction à la nouvelle a été un soulagement. Ce n’était pas la meilleure nouvelle mais au moins je savais ce qui m’arrivait, » affirme-t-elle.
Cela avait été une année entière à chercher la cause de cette douleur ignoble sans obtenir un diagnostic. Mais encore une fois, c’était difficile parce que elle pensait que sa famille allait être stupéfiée par la nouvelle.
Le traitement
En Inde, après le diagnostic, elle a été mise sous chimiothérapie. C’est l’un des traitements contre le cancer, administré par voie intraveineuse.
“J’ai dû aller à l’hôpital tous les jours pendant une semaine, suivre une chimiothérapie, sauter une autre semaine et revenir la semaine d’après. Chaque dose a pris environ cinq heures. J’ai fait ça pendant six mois », partage Bugingo.
Heureusement, sa famille l’a soutenue financièrement pour obtenir le traitement nécessaire, mais elle est également restée forte pour elle, émotionnellement.
Comme prévu, certains des effets secondaires de la chimiothérapie étaient également présents dans son cas. Elle souffrait d’insomnie (incapacité à dormir), de perte de cheveux, d’un assombrissement de la peau et d’une perte de poids.
« En tant que jeune fille, voir votre corps se transformer de cette manière étrange était effrayant et incroyable, » confie-t-elle ses sentiments au Canapé. Même si c’était une période difficile, elle a progressivement commencé à se sentir mieux.
« Il n’y avait aucune explication médicale à ce genre de réponse car le cancer s’était propagé à ma hanche gauche et à mon œsophage. C’était un miracle. Je crois que le cancer a été attrapé juste à temps avant qu’il ne me prenne la vie. Je peux dire que je suis l’un des rares à avoir survécu au stade quatre du cancer », note Bugingo avec un soupir.
Après deux mois en Inde, elle a été ramenée à Kigali avec ses médicaments de chimiothérapie pour poursuivre son traitement et terminer les six mois. Après elle est retournée en Inde pour un contrôle médical.
Avant de faire les tests, son médecin pouvait voir que les médicaments avaient fonctionné. « J’avais pris plus de poids, je me sentais mieux, mes cheveux avaient repoussé et j’avais meilleure mine, » témoigne-t-elle.
Au moment où elle a reçu son dernier cycle de chimiothérapie, elle marchait déjà par soi-même. Alors quand ils ont apporté les résultats, on lui a dit que la chimiothérapie avait réussi. « En juillet 2014, j’ai été déclarée guérie du cancer, », note-t-elle triomphante.
Un goût de réussite
“C’était une période très délicate pour ma famille. Pour moi, c’était excitant. Je me sentais prête à reprendre ma vie. Il était temps pour moi de redevenir normale. Cependant, quand je suis rentrée à Kigali, j’ai dû continuer à faire des tests avec mon médecin. J’ai subi un temps de précaution de trois mois, où je devais voir mon médecin tous les mois pour faire des tests. En 2014, j’étais prête à rejoindre le monde réel », note-t-elle.
Après cela, Bugingo a pu trouver un emploi et postuler pour l’université.
Aux prises avec ses émotions
Les batailles laissent souvent des cicatrices indélébiles. Quand elle pensait que le pire était passé, émotionnellement quelque chose semblait être déplacé. Elle éprouvait des niveaux d’anxiété très élevés.
« J’avais peur de quelque chose que je ne connaissais pas. Je me réveillais au milieu de la nuit à bout de souffle. Ce n’était pas une peur du cancer, mais une peur d’être à nouveau malade, » se souvient-elle.
Les médecins avaient dit que d’autres choses pourraient survenir, comme des effets secondaires de la chimio, et la pensée était accablante. C’est alors qu’elle a décidé de consulter pour surmonter ces émotions.
Devenir une meilleure personne
L’expérience de Bugingo l’a transformée. “Combattre le cancer et en sortir victorieuse m’a façonnée d’une manière que je n’aurais peut-être jamais été. Je me sens plus forte et je rêve plus grand. Ma vie auparavant semblait être à l’abri de tout mais j’ai été exposée et maintenant j’ai pris conscience de mon environnement. L’expérience a été une révélation,» dit-elle.
Cela fait près de neuf ans que Bugingo a été déclarée sans cancer. Dans le cadre de son processus de guérison, elle a écrit un livre sur son expérience.
Le roman intitulé “Mon nom est la vie” inspiré de sa vie et de son nom (Bugingo signifie la vie en kinyarwanda) a été lancé à Kigali et quelques autres villes de l’Afrique de l’Est, non seulement pour partager son histoire, mais aussi pour encourager les personnes qui luttent contre le cancer et les proches des victimes du cancer.
En 2018, les estimations du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) indiquent que l’incidence au Rwanda était de 10.704 nouveaux diagnostics de cancer, 4.520 cas chez les hommes et 6.184 chez les femmes ont été enregistrés et les mortalités annuelles s’élevaient à 7 662.
Michèle Iradukunda



































































