Pour masquer l’échec d’une gouvernance exsangue, le régime de Kinshasa applique une méthode rodée: le spectacle permanent, la fuite en avant constitutionnelle et la gestion sécuritaire par la haine tribale. Récit d’un système politique au bord de la rupture.
La tentative récente de Kinshasa d’afficher une ”reconnaissance” de la citoyenneté des Banyamulenge ne trompe personne. Elle intervient après des années de discours incitatifs à la haine diffusés par des cadres du pouvoir et la marginalisation systématique des communautés de l’Est.
Sur le terrain, les promesses du sommet de l’Etat n’ont sauvé aucune vie: ni lors des attaques par drones ciblées sur des habitations civiles à Minembwe, ni lors du carnage des massacres de Gatumba. Les communautés Banyamulenge savent désormais que ce ne sont pas les déclarations officielles qui ont assuré leur survie, mais leur propre mobilisation et l’action de forces de défense locales comme Twirwaneho, face à la coalition gouvernementale.
Alors que le gouvernement s’était engagé, dans le cadre de l’accord de paix mené à Washington, à désarmer et neutraliser la milice génocidaire des FDLR, la réalité du terrain est tout autre. Les derniers rapports du Groupe d’experts des Nations unies sur la RDC apportent des preuves matérielles indiscutables: approvisionnement logistique, partage de renseignements et opérations conjointes entre les FARDC et les FDLR. En sous-traitant sa défense à un groupe armé sanctionné par la communauté internationale et à des forces partenaires régionales, Kinshasa a abdiqué sa souveraineté et transformé la région en poudrière.
Le poison de la division ethnique a quitté le terrain politique pour contaminer l’espace public. Dans les rues de Kinshasa, la moindre référence communautaire génère désormais paranoïa et altercations entre citoyens. Ce climat de suspicion constante est le résultat direct d’un discours de pouvoir qui utilise le profilage ethnique comme levier de distraction face à l’effondrement du pouvoir d’achat, à la faillite des services publics de base et à l’insécurité urbaine.
Au lieu de répondre à la crise humanitaire et sécuritaire, l’appareil d’Etat tourne autour d’un seul objectif: se maintenir au pouvoir. Les récentes manœuvres autour de la loi référendaire et des projets de révision de la Constitution confirment les avertissements lancés par des figures clés de l’opposition, à l’instar d’Olivier Kamitatu ou de Corneille Nangaa. L’obsession du régime n’est pas d’organiser le dialogue national inclusif réclamé par l’ensemble des forces politiques vives, y compris l’opposition et l’ancien président Joseph Kabila, mais de changer les règles du jeu pour s’offrir une présidence à vie.
La RDC ne se redressera pas à coups de visites protocolaires dans les zones industrielles des pays voisins ou de séances photos sur tapis rouge. L’histoire retiendra les résultats: l’alliance avec des milices génocidaires, la persécution des minorités et la destruction des institutions démocratiques ne constituent pas un bilan de gouvernance-mais celui d’une dérive autoritaire en marche.
Agasaro Jessica




































































