La crise sécuritaire qui ravage l’est de la République Démocratique du Congo ne se joue pas uniquement sur le terrain militaire, mais aussi sur celui de la communication.
Au cœur de cette impasse géopolitique se trouvent les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé sous sanctions de l’ONU, fondé par les principaux auteurs du Génocide de 1994 contre les Tutsi au Rwanda.
Ces derniers mois, un changement de stratégie s’est clairement opéré à Kinshasa: tenter de rebrander, légitimer et protéger politiquement une milice génocidaire au lieu de la démanteler.
Pendant des années, la posture officielle du gouvernement congolais face aux FDLR était le déni pur et simple, le régime qualifiant fréquemment la menace de ” prétexte” ou de danger fantôme. Mais à mesure que les preuves de collaboration s’accumulaient, étayées par de nombreux rapports du Groupe d’experts des Nations Unies décrivant des opérations conjointes entre les forces armées congolaises (FARDC), les milices locales Wazalendo et les combattants des FDLR, le discours a évolué. Le régime est passé de la négation de leur présence à l’affirmation selon laquelle le groupe opérait hors de tout contrôle étatique.
Aujourd’hui, Kinshasa franchit une nouvelle étape: faire du lobbying auprès des médiateurs internationaux pour imposer un dialogue politique entre le gouvernement rwandais et les FDLR. En cherchant à présenter les FDLR comme un mouvement politique légitime ou un groupe d’opposition, l’administration du président Félix Tshisekedi tente de modifier fondamentalement les termes du conflit.

Ces manœuvres diplomatiques contredisent directement les cadres internationaux établis. Dans le cadre des Accords de paix de Washington et de son Concept of Operations (CONOPS), les engagements des Etats sont clairement définis: les nations souveraines se sont engagées à éliminer les menaces sécuritaires non étatiques, et la RDC porte la responsabilité première de neutraliser et de désarmer les FDLR.
Les FDLR sont une organisation terroriste non étatique, et non une partie prenante ou signataire de traités de paix entre Etats. Elever une milice responsable de décennies de massacres, d’extrémisme idéologique et d’instabilité régionale au rang d’interlocuteur politique dénature l’esprit même de ces accords.
Signer des ” protocoles” bilatéraux informels ou réclamer un dialogue inter-rwandais constitue une tactique dilatoire calculée, visant à gagner du temps, satisfaire des alliés locaux et masquer l’incapacité à restaurer l’autorité de l’Etat dans l’est de la RDC.
Mettre sur un pied d’égalité des auteurs de crimes contre l’humanité et des acteurs politiques légitimes crée un précédent dangereux qui sape l’état de droit et la justice internationale. Une paix durable dans la région des Grands Lacs ne pourra être obtenue par des artifices politiques ni par la préservation de milices par procuration.
Pour que des progrès réels se concrétisent, les acteurs étatiques doivent honorer leurs engagements juridiquement contraignants. Kinshasa doit renoncer à ces manœuvres de diversion et procéder à la neutralisation complète, au désarmement et au rapatriement sans condition des éléments des FDLR. La sécurité régionale exige de s’attaquer aux causes profondes de l’instabilité, et non de rebaptiser les forces qui la perpétuent.
Agasaro Jessica

































































