L’Ouganda a officiellement dévoilé son premier mélange de pétrole brut, baptisé ” Pearl Sweet”, lors d’une cérémonie qui s’est tenue dans la zone de développement de Kingfisher, dans le district de Kikuube. Cette étape importante confère une identité commerciale distincte au pétrole à faible teneur en soufre du pays, alors que celui-ci s’apprête à être exporté vers les marchés mondiaux via l’Oléoduc d’Afrique de l’Est.
Dans le cadre grandiose de la zone de développement de Kingfisher, sur les rives du lac Albert dans le district de Kikuube, l’Ouganda a officiellement entamé un nouveau chapitre de son histoire économique. En dévoilant le nom officiel de son mélange de pétrole brut, ”Pearl Sweet”, le pays a donné une identité commerciale distincte à la ressource extraite des gisements pétroliers du fossé de l’Albertine au sens large. Donner un nom spécifique à ce brut est bien plus qu’un simple geste symbolique. Cela établit une marque officielle qui permet au pétrole cireux et à faible teneur en soufre de l’Ouganda d’être côté, tarifé et négocié de manière indépendante sur les listes de cargaisons mondiales.
S’adressant aux équipes techniques, aux responsables gouvernementaux et aux partenaires internationaux, le président ougandais, Yoweri Kaguta Museveni, a souligné que les richesses naturelles limitées devaient être exploitées de manière stratégique afin de bâtir une économie nationale durable et autonome. Mettant en parallèle les erreurs commises par le passé dans d’autres Etats riches en ressources, le président ougandais Museveni a présenté une stratégie mûrement réfléchie axée sur la création de valeur ajoutée au niveau national.

La construction d’une raffinerie nationale, associée à des oléoducs d’exportation, reste une priorité absolue, destinée à réduire directement la facture annuelle d’importation de pétrole de l’Ouganda, qui s’élève à 2 milliards de dollars. Par ailleurs, le président a réaffirmé son engagement strict en faveur de la suppression totale du torchage. Le gaz associé provenant du gisement de Kingfisher sera traité pour produire jusqu’à 80 mégawatts d’électricité, ce qui représente environ la moitié de la capacité de la centrale historique de Nalubaale et génère un chiffre d’affaires estimé à 30 millions de dollars par an, tandis que le gaz naturel condensé fournira du gaz de pétrole liquéfié (GPL) destiné à la cuisine domestique.
La mise sur le marché des ressources pétrolières de l’Ouganda est le fruit de plusieurs années de restructuration des entreprises et d’un développement massif des infrastructures dans l’ensemble du bassin du Rift. La China National Offshore Oil Corporation, opérant localement sous le nom de CNOOC Uganda Limited, est un partenaire public majeur aux côtés de l’Uganda National Oil Company (UNOC).
A l’origine, CNOOC détenait une participation d’un tiers dans les zones d’exploration EA1/1A, EA2 et Kingfisher, aux côtés de Total E&P Uganda (33,3 %) et de Tullow Oil (33,3 %). Une consolidation majeure a eu lieu en avril 2020, lorsque Total Energies a acquis l’intégralité de la participation de 33,33 % de Tullow Oil dans les licences EA1, EA1A, EA2 et EA3A, ainsi que sa participation dans le projet de pipeline, pour un montant de 575 millions de dollars. Cette sortie totale a ouvert la voie à Total Energies et à CNOOC pour rationaliser la mise en œuvre en vue de l’exploitation commerciale.

Aujourd’hui, CNOOC exploite la licence de production spécifique ”Kingfisher” au sein du bassin du rift, où l’avancement du site a atteint environ 80 % de son achèvement global et 98 % de sa préparation pour la première production de pétrole, avec pour objectif une production maximale de 40.000 barils par jour.
Parallèlement, Total Energies supervise le projet ”Tilenga”, de plus grande envergure, situé ailleurs dans le bassin, conçu pour produire 190.000 barils par jour, avec plus de 210 puits déjà forés. Afin d’acheminer le pétrole ”Pearl Sweet” depuis les gisements enclavés vers les voies maritimes mondiales, l’Oléoduc d’Afrique de l’Est (EACOP), un système de transport chauffé de 1.443 kilomètres aboutissant au port de Tanga en Tanzanie, est désormais achevé à plus de 92 %, la conduite d’alimentation de 47,5 kilomètres reliant Kingfisher à la station de pompage n° 1 étant entièrement installée et enterrée. La structure de la coentreprise EACOP reflète cet effort multinational : elle est détenue par Total Energies (62 %), UNOC (15 %), la Tanzania Petroleum Development Corporation (15 %) et CNOOC (8 %).
Au-delà des avancées techniques et des statistiques sur les gisements, l’accent est fortement mis sur le capital humain. Les Ougandais occupent désormais 65 % des postes de direction, 85 % des postes techniques et 99 % des emplois de soutien dans l’ensemble du secteur pétrolier, créant ainsi plus de 18.000 emplois directs et générant 2,27 milliards de dollars de contrats pour les entreprises locales sur les 7 milliards de dollars investis à ce jour.
Alors que le ministère ougandais de l’Energie et du Développement minier se prépare à lancer son troisième cycle d’octroi de licences pétrolières dans les bassins de Moroto, du lac Kyoga et de Hoima, le baptême du gisement ” Pearl Sweet” marque un tournant décisif. Il garantit que le premier baril de brut ougandais servira de fondement à une transformation industrielle qui s’étendra sur plusieurs générations.
Armel Rugambwa



































































