“Les amis de la famille” ou “IZU” sont proches des familles où ils interviennent pour la protection des droits de l’enfant. Ils servent dans la prévention des conflits.
Une jeune fille nommée U.G., âgée de 13 ans, était devenue enfant de la rue. Elle réside dans le secteur Nyamirambo, district Nyarugenge.
Un jour elle est tombée dans les filets des instances sécuritaires. Elle a été hébergée au centre de transit dit “Chez Kabuga”. Elle était avec sa copine.
Lorsque” les amis de la famille” de son village ont été informés de cette situation, ils sont intervenus et l’adolescente U. a été relâchée. Elle a été confiée à sa mère, M.P.
“Nous avons sensibilisé les parents pour la réintégration de U.G. à l’école,” déclare Julienne Mukankusi, Amie de la famille dans le village de résidence de la jeune fille. “Elle a repris ses études au Groupe Scolaire Akumunigo, dans la cellule Rugarama, secteur Nyamirambo.
“Nous continuons à faire le suivi car la jeune adolescente a tendance à retourner dans la rue,” indique Julienne Mukankusi. Le jour de la proclamation des résultats de fin du premier trimestre, U.G. n’a pas été à l’école selon son titulaire de classe.

Une adolescente retourne dans la rue
“Ca fait trois jours qu’elle ne vient pas à l’école. Elle a eu 52,4%. Elle est 30 eme sur 38. Normalement elle travaille bien en classe. Elle a chuté suite à sa longue absence à l’école,” explique ledit enseignant.
Sa mère M.P. révèle que sa fille est effectivement repartie il y a 3 jours avec sa copine. Celle-ci venait également de quitter le centre de transit “Chez Kabuga”. Elle s’est empressée à retrouver U.G.. Elles sont reparties ensemble vers une destination inconnue. Les deux adolescentes seraient dans le quartier musulman, Biryogo.
Selon Julienne Mukankusi, Amie de la famille, ils ont mis en place leur réseau de collaboration. “Lorsqu’en enfant change d’adresse, on donne l’information. Ainsi on peut le retrouver grâce à la collaboration des amis de la famille des autres entités administratives, “affirme-t-elle.
Des parents irresponsables
U.G. est originaire d’une famille nombreuse. 6 enfants et 2 petits enfants. Sa grande soeur en a déjà procréé 2 dans le foyer familial.
La mama M.P. a trouvé une occupation temporaire avec une rémunération dans un projet de VUP-Il vise à accélérer l’éradication de la pauvreté. Elle fait partie de la main d’oeuvre qui trace les terrasses sur le mont Kigali. Avec les revenus qu’elle gagne, elle peut nourrir tant bien que mal sa famille.
Son mari est un maçon temporaire aussi. “Il travaille dans la construction de temps en temps quand il a trouvé un job,” murmure soudainement P. l’air triste et pensive.

Au bureau du secteur de Nyamirambo, Nkunzimana Aimé Frédéric, le chef d’équipe en charge des affaires sociales, déclare que les problèmes des enfants dans cette entité administrative sont dus à l’irresponsabilité des parents.
“Les amis de la famille donnent des conseils,” affirme-t-il. “Ils travaillent sur la réconciliation des familles, mais c’est un problème complexe,” analyse-t-il. “Des fois l’on croit que le problème est résolu mais par après il resurgit,” ajoute-t-il.
Cependant, il y a des cas bien résolus, selon Nkunzimana. En 2022, les Amis de la famille ont contribué à trouver une solution pour 6 enfants et 10 familles en conflits se sont réconciliées.
Les amis de la famille très efficaces…
Au niveau national, leur intervention est plus importante. Selon Naphtal Rutayisire, coordinateur des amis de la famille au sein de l’Agence nationale de développement de l’enfant (NCDA), plus de 700 cas ont trouvé des réponses appropriées avec la contribution des amis de la famille.
“Ils sont très efficaces dans la prévention des conflits en tant individus résidant dans les villages où ils interviennent,” témoigne Naphtal Rutayisire.
“Ils visitent des familles de leur ressort et donnent l’information à qui de droit,” ajoute-t-il. Ils s’occupent de multiples problèmes de la famille dont la violence sexuelle ou basée sur le genre. Au total ils sont 29.674 personnes à travers tout le pays. Chaque village en dispose 2, un homme et une femme.
La mise en place de ces bénévoles communautaires chargés de la protection de l’enfant a été réalisée avec l’appui de l’UNICEF.
A l’origine, la fermeture des orphelinats
En 2013, le Rwanda a décidé de fermer les orphelinats pour assurer l’éducation de tous les enfants au sein des familles. La mise en place d’un système de suivi des problèmes familiaux s’est avérée nécessaire. Ainsi est né l’idée des amis de la famille.
Selon le ministère du genre et de la promotion de la famille (MIGEPROF), “chaque enfant sera aidé à atteindre les meilleurs niveaux de survie et de développement les plus élevés possibles. L’aspiration sera celle d’une bonne santé physique et mentale, et non la simple absence de maladie; à une éducation de qualité et d’excellence dans l’éducation et le meilleur niveau de vie possible.”
Une étude confirme le rôle positif des amis de la famille
Une étude menée par Susan F. Folger et Margaret O’Dougherty Wright en 2013 et publiée dans “Journal of Family Violence”, volume 28 pages 325-337 a exploré le rôle du soutien social de la famille et des amis dans l’atténuation des résultats à long terme de la Maltraitance cumulative dans l’enfance (MCC).
Elle est intitulée “Altering Risk Following Child Maltreatment: Family and Friend Support as Protective Factors” ou Modifier le risque après la maltraitance des enfants: Le soutien de la famille et des amis comme facteurs de protection.
Ils ont examiné les effets principaux et modérateurs. Les participants comprenaient 344 hommes et femmes d’âge universitaire. Les résultats ont révélé de forts effets du soutien social de la famille et des amis, associés à une réduction des symptômes de dépression/anxiété et de colère/hostilité, quelle que soit la gravité de l’abus subi.
Gérard Rugambwa



































































