La guerre, l’Ebola et la famine, trois malheurs frappent la population congolaise et épinglent Félix Tshisekedi. Derrière les discours officiels rassurant et les promesses de renouveau se cache une réalité brutale. C’est celle d’un pays en crise permanente, où la population paie chaque jour le prix de l’échec de ses dirigeants.
A l’Est du pays, la guerre continue de faire des victimes. Des millions de personnes ont été déplacées de leurs villages. Des familles entières vivent dans des camps de fortune, sans sécurité, sans avenir et souvent sans assistance. Et comme si cela ne suffisait pas, l’Etat, incapable de rétablir durablement son autorité sur son propre territoire, a armé des milices dont les atrocités sans nom contre les civils ont fini par attirer l’attention des enquêteurs onusiens.
Pendant ce temps, la famine progresse silencieusement. Dans plusieurs provinces, des ménages peinent à assurer un seul repas par jour. Le coût de la vie ne cesse d’augmenter tandis que les opportunités économiques se raréfient. Pour une grande partie de la population, survivre est devenu une lutte quotidienne.
Les crises sanitaires n’ont fait qu’aggraver la situation. Ebola a révélé les profondes faiblesses du système de santé. Dans de nombreuses régions, les infrastructures médicales sont insuffisantes pour répondre aux besoins les plus élémentaires. Les populations les plus vulnérables continuent de payer le prix d’années de négligence et de sous-investissement.

Pour ne rien arranger, le chômage frappe durement la jeunesse congolaise. Chaque année, des milliers de diplômés arrivent sur le marché du travail sans perspectives réelles d’emploi. Beaucoup voient leurs ambitions se transformer en désillusion. Dans un pays où la majorité de la population est jeune, l’absence d’opportunités constitue une menace directe pour l’avenir.
C’est dans ce contexte explosif qu’intervient la journée de ”ville morte” annoncée pour le 3 juin à Kinshasa. Pour ses organisateurs et ses partisans, cette mobilisation constitue une réponse à un pouvoir accusé de détourner l’attention des véritables urgences nationales. Alors que le pays fait face à des défis existentiels, le débat politique se concentre de plus en plus sur la conservation du pouvoir plutôt que sur la résolution des crises qui frappent la population.
Les rues vides de Kinshasa ne seront pas seulement le symbole d’une contestation politique. Elles refléteront aussi le désespoir d’une population fatiguée par des années de promesses non tenues. Une population qui observe l’aggravation de la guerre, la progression de la pauvreté, l’affaiblissement des institutions et la détérioration des conditions de vie sans percevoir de véritable changement.
Le pays dispose pourtant de ressources naturelles parmi les plus importantes au monde. Cuivre, cobalt, or, coltan: le sous-sol congolais alimente l’économie mondiale. Pourtant, les bénéfices de cette richesse semblent échapper à ceux qui devraient en être les premiers bénéficiaires. Les routes restent impraticables, les écoles manquent de moyens, les hôpitaux sont sous-équipés et l’accès à l’eau potable demeure un défi pour des millions de citoyens.

Quoi de plus normal que la gouvernance soit de plus en plus contestée, étant donné la situation? Les accusations de corruption se multiplient. Les institutions peinent à inspirer confiance. Les promesses de réforme se succèdent sans produire les résultats attendus. Pendant que les difficultés s’accumulent sur le terrain, le fossé entre les préoccupations de la population et celles de la classe politique semble se creuser davantage.
L’insécurité, la pauvreté, la corruption, l’effondrement des services publics et l’absence de perspectives économiques forment aujourd’hui un cercle vicieux dont les premières victimes sont les citoyens ordinaires. Les mères qui ne peuvent pas soigner leurs enfants. Les agriculteurs qui ne peuvent pas écouler leurs produits. Les étudiants dont les diplômes ne garantissent aucun avenir. Les déplacés qui ont perdu leur maison. Les travailleurs dont les revenus ne suffisent plus à vivre dignement.
La tragédie congolaise ne réside pas uniquement dans les conflits armés ou les épidémies. Elle réside dans l’incapacité persistante de transformer l’immense potentiel du pays en progrès concret pour sa population. Chaque année qui passe renforce le sentiment qu’un pays destiné à la grandeur est maintenu dans une crise sans fin.
Le 3 juin n’est donc pas seulement une date de mobilisation. C’est le symptôme d’un malaise national profond. Un rappel brutal qu’au cœur de l’Afrique, un peuple riche de ressources mais pauvre en résultats continue d’attendre les dividendes d’un Etat qui semble avoir oublié sa mission première: servir ses citoyens.
Agasaro Jessica


































































