Le rôle de mercenaires liés aux Etats-Unis
Ces cinq derniers jours, les médias ont attiré l’attention sur une embuscade impliquant des prestataires militaires liés à Erik Prince-ancien membre des Navy SEALs américains et fondateur de Blackwater-par l’intermédiaire de sa société, Vectus Global. L’attaque a eu lieu au Sud-Kivu le 17 septembre 2026, faisant des morts et des blessés, tant parmi les prestataires étrangers que parmi les ressortissants congolais.
Pourtant, au-delà de l’intérêt porté au personnel étranger impliqué, une question cruciale demeure : qui sont ces Congolais dont la vie est bouleversée par ces opérations militaires en RDC ? Il ne s’agit pas de simples statistiques dans des rapports sur les pertes humaines sur le terrain. Ce sont des civils chrétiens, membres de la communauté banyamulenge, dont l’existence, les moyens de subsistance, les foyers et la sécurité sont pris pour cible dans un conflit qui dévaste l’est du Congo depuis des décennies.
Les Banyamulenge et leur attachement à la foi chrétienne
Depuis les années 1950, Dieu occupe une place centrale dans la vie quotidienne des Banyamulenge. Le terme utilisé pour désigner le Dieu chrétien est ” Imana ”, qui renvoie à l’Être suprême, Créateur de l’univers et transcendant toutes les puissances terrestres. Pour les Banyamulenge, Dieu n’est pas un être lointain : Il s’adresse aux hommes, et ceux-ci peuvent, en retour, Lui parler par la prière. Cette relation façonne leur conception de la morale, de l’harmonie sociale, de l’autorité politique, de la souffrance et de la survie.
Les Banyamulenges sont chrétiens à plus de 99 %, principalement au sein des confessions protestante évangélique et catholique. Bien que la conversion au christianisme se soit produite relativement tard par rapport à celle de certaines communautés voisines, les réveils évangéliques des années 1950 ont profondément transformé leur vie religieuse et culturelle. Le pentecôtisme protestant, introduit par des réseaux missionnaires Scandinaves, a mis l’accent sur la révélation personnelle, les dons spirituels, la prophétie et la communication directe avec Dieu.
La Bible et l’identité des Banyamulenge
Pour de nombreux chrétiens banyamulenge, la Bible constitue la source ultime de vérité religieuse et un cadre permettant d’interpréter le quotidien. Les récits bibliques- qu’il s’agisse de persécution, de délivrance, de justice ou d’intervention divine – influencent la manière dont certains membres de la communauté perçoivent les évolutions politiques et les souffrances collectives. Les guerres qui ont dévasté les hauts plateaux des Banyamulenge, entraînant notamment la perte de biens et de bétail, ont intensifié la ferveur religieuse et contribué à l’émergence de l’”Uamusho”, ou ”Grand Réveil”. Ce renouveau s’est accompagné de l’apparition de mouvements prophétiques et des ” abayumbe”, un terme désignant des personnes dont la conversion religieuse se manifeste par des prières extatiques et des expériences spirituelles intenses.
Parmi les figures marquantes des récits religieux des Banyamulenge figure Nyirabibone Domitila, connue pour les visions qu’elle a rapportées d’un village céleste. Elle affirme avoir été témoin de ce qu’elle a interprété comme une autre sphère d’existence, au-delà de la vie terrestre. Son témoignage a été consigné dans l’ouvrage Les cinq jours dans l’au-delà, écrit par Gervais Ruboneka, ancien sénateur de la République démocratique du Congo (RDC).
Mariam Kinyamarura, quant à elle, est associée à des phénomènes spirituels extraordinaires, notamment des récits de jeûne, de survie sans nourriture ni eau et d’accouchements sans douleur. Pour les Banyamulenge, ces témoignages sont perçus comme les manifestations d’une puissance spirituelle exceptionnelle. Mariam Kinyamarura a instauré une philosophie de vie communautaire chrétienne à Kabela. Ses initiatives sociales mettaient l’accent sur la fraternité, l’unité, l’égalité entre les sexes et les possibilités économiques. Ces figures illustrent la manière dont les mouvements prophétiques ont influencé l’identité religieuse, l’organisation sociale et la conception collective de la résilience chez les Banyamulenge.
Persécutions
Depuis les années 1960, les Banyamulenge sont confrontés à des discriminations et à des violences récurrentes liées à leur identité ethnique, à leur langue et à leurs caractéristiques physiques. Ces attaques sont le fait du gouvernement de la RDC, de l’armée burundaise et d’autres groupes armés hostiles, notamment les FDLR, une milice rwandaise responsable du génocide des Tutsi en 1994. Ces attaques successives ont détruit des moyens de subsistance, provoqué le déplacement de familles et engendré des traumatismes psychologiques durables.
Depuis 2017, les violences dans les hauts plateaux des Banyamulenge se sont traduites par la destruction de localités, la perte de bétail et des attaques contre des infrastructures religieuses : plus de 1.200 églises banyamulenges auraient été touchées.
Les chrétiens banyamulenge et les mercenaires liés aux Etats-Unis
Depuis 2025, le gouvernement de la RDC a fait appel à Vectus Global, une société de sécurité privée liée aux Etats-Unis et fondée par Erik Prince, pour soutenir des opérations militaires, notamment des frappes de drones, dans le Sud-Kivu, une région où les chrétiens banyamulenge ont été la cible d’attaques. On s’inquiète du fait que ces opérations militaires, auxquelles participent des mercenaires liés aux Etats-Unis, portent préjudice aux civils chrétiens banyamulenge ainsi qu’à leurs lieux de culte.
La question est la suivante : comment les Etats-Unis peuvent-ils concilier leur engagement affiché en faveur de la protection des communautés chrétiennes persécutées au Nigeria avec leurs relations sécuritaires et économiques avec la RDC, dont les opérations militaires- auxquelles participent des mercenaires liés aux Etats-Unis – auraient contribué à la persécution des chrétiens banyamulenge ?
Quel sens reste-t-il aux valeurs chrétiennes revendiquées si la souffrance de coreligionnaires est ignorée dès lors que des intérêts politiques, militaires ou économiques sont en jeu ?
Dr Alex Mvuka





































































