Dans l’imaginaire collectif de la République Démocratique du Congo, Kinshasa s’est toujours attribué le monopole de la vie politique, de la culture et des opportunités. Pourtant, sur le terrain de la persévérance académique et de la rigueur intellectuelle, le Grand Kivu a depuis longtemps prouvé sa singularité.
A Goma comme à Bukavu, les jeunes ne vont pas à l’université par simple routine administrative ou par conformisme social. Ils y vont avec une ferveur quasi sacrée. Dans ces provinces martyrisées par des décennies de conflits armés, de déplacements forçats et de deuils ininterrompus, étudier est perçu comme l’ultime forme de résistance civique.
Les statistiques empiriques et le quotidien du milieu éducatif de l’Est le démontrent à suffisance: malgré l’absence d’infrastructures adéquates, le taux de détermination, de présence dans les auditoires et de réussite académique des étudiants du Kivu surpasse souvent celui des jeunes de la capitale, pour qui les réalités de la guerre demeurent un concept abstrait.
Pour les familles d’Itebero, de Walikale, de Kalehe ou de Masisi, envoyer un enfant à l’Université de Goma (UNIGOM) ou à l’Université Officielle de Bukavu (UOB) exige d’immenses sacrifices financiers.
Voir la jeunesse remplir les amphithéâtres sous le bruit distant des obus était le dernier fil invisible mais indestructible qui rattachait encore les habitants de ces zones au reste de la République. C’était la preuve vivante et vibrante que, malgré la distance géographique et l’abandon sécuritaire, ils étaient encore pleinement Congolais.

En décidant brutalement de suspendre toutes les activités académiques dans les établissements publics du Nord et du Sud-Kivu, le gouvernement de Kinshasa vient de couper lui-même ce lien ombilical. La décision du ministère de l’Enseignement Supérieur, sous prétexte d’invalidation des diplômes ou de refus des nominations faites par l’AFC/M23, sanctionne en réalité des milliers d’étudiants innocents.
Peu importe la gravité de la crise politique ou militaire, les institutions universitaires doivent bénéficier d’une autonomie absolue, de l’intégrité sacrée de leurs campus et de la protection totale des libertés académiques.
En transformant l’éducation en une arme de rétorsion politique, Kinshasa commet une erreur stratégique et morale irréparable. Le pouvoir central prive sa jeunesse de son droit fondamental au savoir. Il viole brutalement les principes universels du droit à l’éducation.
Mais le plus tragique réside dans l’aveuglement du pouvoir central: en retirant aux habitants de Goma et Bukavu leurs banques, leurs services publics et désormais leurs universités, Kinshasa efface progressivement la présence de l’Etat central.
Sans s’en rendre compte ou en le faisant sciemment, le gouvernement de Félix Tshisekedi offre aux promoteurs de la balkanisation son plus beau cadeau: une population totalement isolée, désillusionnée, et forcée de constater que la capitale l’a déjà rayée de la carte nationale.
Agasaro Jessica







































































