Adama Bictogo est président de l’Assemblée Parlementaire Francophone (APF) depuis un mois. Il est également Président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire. En marge de ses multiples activités à Kigali, dont les audiences, il a pris le temps d’un entretien avec le journal en ligne, le Canapé. Il est plein d’idées nouvelles pour une redynamisation de cette institution francophone.
Le Canapé : Vous êtes à Kigali pour la tenue de l’Assemblée Parlementaire Francophone (APF). Voudriez-vous nous présenter brièvement cette institution ?
Adama Bictogo : l’APF est une assemblée parlementaire consultative de l’Organisation Internationale de la Francophonie. Elle rassemble les Parlements de l’espace francophone, donc des pays ayant en partage l’usage de la langue française pour faire valoir les valeurs francophones telles que la solidarité, la diversité, le partage d’expériences, l’engagement et la concertation.
C’est un espace, une association des Parlementaires francophones avec la langue française en commun. C’est un lieu des débats et d’échanges contribuant, auprès de la Secrétaire générale de la Francophonie, à la réussite des objectifs fixés par les Chefs d’Etat et de gouvernement.
Le Canapé : Comment fonctionne cette institution ?
Adama Bictogo: L’APF dispose d’un secrétariat général ; de 4 commissions à savoir la commission des affaires parlementaires, la commission de la coopération et du développement, la commission de l’Education, de la communication et des affaires culturelles et la commission politique ; une présidence, une vice-présidence et 90 sections réparties dans 4 régions : Afrique, Amérique, Asie-Pacifique et Europe. Chaque région se réunit une fois l’an. La région Afrique s’est dernièrement réunie à Rabat au Maroc.
La présidence est tournante. Quand le président est Américain, le Vice-président est africain. Cette institution dispose aussi de trois réseaux. Il y a le réseau des femmes qui souffle ses 20 bougies cette année, le réseau des jeunes créé en 2018 et le réseau de lutte contre le VIH/Sida, le paludisme et la tuberculose ainsi que les pandémies.
La coordination est assurée par un Bureau dont les deux principaux sont le Président et le Secrétaire général parlementaire. L’APF se réunit en Bureau, organise des séminaires, travaille en commissions et tient son Assemblée Parlementaire une fois l’an dans un pays qui se propose. Le principe de fonctionnement c’est le consensus, le compromis.
Dans sa mission, elle intervient dans les pays en crise démocratique. Elle assure l’accompagnement en cas de besoin.
Le Canapé : Quel est son pouvoir sur les pays membres ?
Adama Bictogo : Au-delà de l’Afrique, l’APF assure la veille démocratique dans l’espace francophone sur les 5 continents. Particulièrement en Afrique recensant le plus de situation de crises politiques, l’APF agit en amont par des missions d’observations électorales, les missions de bons offices parlementaires, les missions d’informations et de contacts pour alerter et mieux informer son Assemblée.
Ces actions aboutissent à des résolutions à l’endroit des acteurs importants des pays. En somme, l’APF assure le suivi des situations portant sur plusieurs sujets dans l’espace francophone. Elle s’occupe également de l’accompagnement des Etats en sortie de crise et transition démocratique.
L’APF fait des recommandations sur les pays. Il n’y a pas de prédominance. Du fait de la solidarité, un pays membre doit pouvoir s’aligner sur les recommandations de l’APF. Toutes les positions de l’APF sont prises par consensus.
Le Canapé : Existe-t-il des avantages pour les parlements des pays francophones et les Etats de devenir membres de l’APF ?
Adama Bictogo : Bonne question. C’est une question que l’on doit se poser, du fait de la situation que traverse le monde. On se trouve dans un village planétaire. L’anglais a une dominance sur le plan culturel, économique, scientifique et technologique. L’on doit œuvrer dans le sens de créer des opportunités. L’espace francophone doit créer la fluidité, la liberté de circuler, favoriser l’accès à 90 pays. Il y a des possibilités…
Le Canapé : Quelles sont les attentes avec l’Assemblée Parlement Francophone de Kigali ?
Adama Bictogo : La Session de Kigali se tient après la crise sanitaire mondiale due à la pandémie de covid-19, dans un contexte de récession, avec la guerre en Ukraine. Tous les fondamentaux sont touches, climatique, alimentaire, … Elle doit se pencher sur les grands défis mondiaux. Nous devons trouver une réponse à la préoccupation d’appartenir à l’espace francophone.
Nous sommes dans le numérique. La Session de Kigali est organisée autour des axes. Le premier c’est justement la jeunesse et le numérique.
Nous connaissons des dérèglements climatiques avec des conséquences économiques sur le plan agricole surtout en Afrique. C’est un continent qui n’est pas un grand émetteur du carbone mais paradoxalement il subit plus les conséquences de cette situation environnementale. Les conséquences sont plus néfastes pour l’Afrique alors l’émission de carbone demeure moins de 2 %.
6000 milliards de dollars ont été promis à l’Afrique pour faire face aux conséquences du changement climatique. Ils n’ont jamais été disponibles. L’on nous impose une politique énergétique verte, un environnement écologique sans moyen.
Le problème énergétique est l’élément fondamental pour l’industrialisation. L’Afrique ne peut pas se développer sans énergie.
Le Canapé : Comment justifier le choix de Kigali pour la tenue de l’APF ?
Adama Bictogo : Kigali a été choisi car le Rwanda est un modèle, en adéquation avec la thématique. Au niveau de la promotion de l’égalité des genres, c’est un modèle. Le Rwanda a eu la résilience dans le développement après le génocide perpétré contre les Tutsi en 1994. L’APF est à Kigali dans un contexte où le monde fait face à des défis.
Le Canapé : Un dernier message ?
Adama Bictogo : L’APF se doit de définir des axes avec une hiérarchisation des projets. Elle doit intervenir auprès des Parlements pour faire valoir l’état de droit, l’égalité homme-femme, … Cela ne doit pas se limiter à des réflexions. Nous devons devenir plus agressifs. Je souhaite que le Rwanda puisse lancer cet appel.
Les présidents des Parlements membres de la Francophonie doivent se réunir une fois par an et donner le ton dans leurs pays respectifs.
Gérard Rugambwa



































































