Avant de déménager en Allemagne en 2016, Tete Loeper, de son vrai nom Divine Umulisa Gashugi, était journaliste, scénariste pour ”Urunana”, une émission de radio, et artiste de scène. Actuellement, elle est conférencière de création, auteure du livre ”Barefoot in Germany”. Elle écrit et met en scène des pièces de théâtre. Elle a partagé son parcours créatif du Rwanda à l’Allemagne.
Le Canapé : Faites-nous découvrir votre parcours artistique. Comment s’est passée la transition du journalisme au métier d’actrice ?
TL : Mon parcours artistique a été amusant. J’ai beaucoup appris et je me rends compte que j’ai grandi en tant que personne. Avant, j’étais un peu confuse, je venais du journalisme et de la communication, et puis j’ai commencé à faire de la musique et à écrire en même temps. Ce n’était pas facile de combiner tout cela.
Mais c’est bien d’avoir essayé presque tout, y compris le métier d’acteur, car à un moment donné, j’ai réalisé que je devais me concentrer, que je devais me donner une direction et maintenant, je me concentre sur l’écriture.
Le Canapé : Quelle expérience d’écriture avez-vous eue en Allemagne ?
TL : Le processus a été très différent car les gens avec qui je travaille en Allemagne accordent une grande valeur à l’écriture. Ils comprennent combien de temps et d’énergie il faut pour pouvoir écrire quelque chose et le terminer avant même sa publication.
De plus, de nombreuses formations sont disponibles. Je continue donc d’apprendre comment améliorer ma carrière et grandir. Les séances de lecture en Allemagne sont également différentes de celles ici au Rwanda en termes de manière dont les gens interagissent. En Allemagne, la plupart du temps, les spectateurs ont déjà lu mes histoires, ils interagissent donc et partagent des commentaires.
Le Canapé : Que pensez-vous des artistes rwandais ?
TL : Je suis impressionnée par la façon dont les artistes rwandais dans différents domaines vont au fond des choses. Ils exploitent leurs émotions lorsque c’est une partie qui a besoin d’émotions, ils y vont vraiment en profondeur.
Et c’est un grand talent que jusqu’à présent les artistes Allemands ont besoin d’apprendre et de travailler, car eux ne vont pas aussi loin. Et quand il s’agit de performances scéniques, je pense que les Allemands, eux sont habitués à avoir, disons, un monologue. Vous leur donnez leur part, ils y vont, en parlent, finissent, et vont au suivant.
Alors connecter avec le monde, c’est très rare là-bas. Les artistes rwandais reviennent aussi lentement à l’histoire et renouent avec leur identité, leurs valeurs traditionnelles, leur musique, leur créativité, et c’est quelque chose à apprécier et aussi à soutenir. Maintenant nous avons des gens, par exemple Michael Makembe, j’ai vu son travail, ce qu’il fait. Il est encore très jeune. Voir que quelqu’un qui est très jeune prendre l’initiative de travailler avec d’autres gens, c’est admirable.J’ai aussi rencontré des acteurs qui me disent,” En fait, j’aime seulement jouer dans des pièces liées à l’histoire ou au passé de mon pays et de ma culture”, ce que j’apprécie beaucoup.Je dirais que les Allemands doivent apprendre à approfondir leurs émotions.
Quant aux Rwandais, ils doivent se soutenir mutuellement. Si quelqu’un est talentueux dans un domaine et que vous réalisez un projet qui nécessite ce domaine, appelez cette personne et unissez vos forces.
Le Canapé : Qu’est-ce qui stimule principalement votre créativité ?
TL : La vie de tous les jours, les jeunes, les adolescents et la jeunesse. Je pense souvent à mon époque où j’avais cet âge, à quel point j’étais un peu confuse. J’avais besoin de conseils de la société et je ne les ai pas vraiment reçus.Je pense que c’est mon inspiration de voir une catégorie de personnes pouvant réellement faire des choses incroyables, mais qui ont besoin de quelqu’un pour les guider. C’est là que je me concentre et je deviens un peu critique, que ce soit dans une pièce ou dans le livre. J’ai l’impression d’avoir cette liberté ou le privilège de critiquer de manière créative afin que personne ne se sente offensé.
Le Canapé : En tant qu’artiste, comment envisagez-vous, dans quelques années, votre marque en tant qu’artiste ?
TL : Je dirais que je suis déjà une marque. En Allemagne, s’ils créent une pièce et décident qui se situe entre ces deux cultures, je suis la personne idéale pour la mettre en scène ou avec ma maison d’édition, ils savent que je leur apporte du business.Et là où je me vois ou ma vision, c’est créer un festival. Nous avons déjà un nom. Cela va s’appeler ”Umuhoza” et ensuite continuer à écrire comme des livres et des pièces de théâtre.
J’ai essayé d’écrire de la poésie mais ça n’a pas très bien marché. Ma vision va donc être d’écrire des livres, d’écrire des pièces de théâtre courtes, et aussi d’avoir ce festival où je peux profiter du privilège que j’ai d’avoir accès à des fonds Allemands et ensuite inclure des artistes d’autres pays, principalement du Rwanda et du Burundi.
Michèle Iradukunda




































































