Je me fais le devoir de réagir au discours controversé de Son Excellence Madame la Ministre d’Etat, Ministre des Affaires étrangères, Mme Thérèse Kayikwamba Wagner, lors de son allocution devant la plus haute et prestigieuse institution des Nations Unies. Le choix pour celui qui va exercer une fonction publique fait généralement l’objet d’un examen extrêmement rigoureux. Le public attend des ministres qu’ils respectent, de manière stricte, les normes éthiques en matière de communication gouvernementale. Les discours trompeurs peuvent nuire à la réputation des responsables politiques et entraîner une perte de confiance dans les institutions publiques. Mme Thérèse Kayikwamba Wagner a tout simplement fait une déclaration absurde et dénuée de tout fondement factuel à propos d’un événement qui n’aura eu lieu que dans son imagination, un ” génocide contre les Hutu au Burundi en 1994”. Certes, de nombreuses atrocités ont eu lieu au Burundi, mais pas en 1994, et il ne s’agissait pas d’un génocide contre un groupe ethnique.
Pour rectifier les tirs, la Primature de la RDC s’est fendue d’un communiqué dédisant les propos erronés de Mme Thérèse Kayikwamba. La correction suggère qu’elle voulait plutôt faire référence à 1972. Il convient toutefois de noter qu’en visionnant la vidéo correspondante, la ministre des affaires étrangères n’avait pas l’air de se surprendre d’un lapsus. Elle a lu avec assurance cette fausse déclaration en parlant de cet événement. En réalité, s’il s’était agi d’un usage involontaire de l’année 1994 pour 1972, elle aurait dû fournir le contexte historique lié à cette crise, faire allusion aux acteurs impliqués et aux causes des violences, et même expliquer comment les rapports indépendants qui s’y étaient penchés ont circonscrit la réponse juridique à ces crimes.
En parlant de 1972, René Lemarchand explique que ” Tous les Tutsi n’ont pas été des auteurs, et toutes les victimes n’étaient pas non plus des Hutu. Hutu et Tutsi ont été à la fois victimes et bourreaux, mais chacun à des moments différents et avec des degrés d’implication très différents. Le facteur déclenchant du bain de sang a été une insurrection rurale menée par les Hutu visant à prendre le pouvoir de la minorité Tutsi au pouvoir”. Pour montrer qu’elle est bien consciente de la dynamique du conflit au Burundi et des événements clés qui y sont liés, elle aurait pu se montrer exhaustive et évoquer le soulèvement spontané des Hutu en 1988 dans les communes de Ntega et de Marangara, mais aussi la mort du Président Ndadaye en 1993 qui a conduit au massacre de membres de la communauté Tutsi.
Deuxièmement, Mme Thérèse Kayikwamba Wagner utilise une affirmation aussi fausse que surprenante, extrêmement inhumaine et subjective, comme contre-argument pour nier la discrimination et la persécution ciblée des Tutsi congolais. Une telle prise de position teintée de vision manichéenne relève de l’amateurisme politique. Pourtant, les multiples mises en garde publiées par l’organisation Génocide Watch à ce sujet sont suffisantes pour contredire la ministre acquise à l’idéologie anti-Tutsi. De même, le site du Bureau onusien de la prévention du génocide et de la responsabilité de protéger a publié des rapports sur la persécution à caractère génocidaire à l’égard des Tutsi congolais.
Troisièmement, et s’agissant toujours de la note rectificative de la part de la Primature congolaise, il convient de noter le retrait du mot ” génocide” utilisé abusivement par Mme Thérèse Kayikwamba Wagner. Faut-il encore y voir une ministre qui prend des vessies pour des lanternes lorsqu’il s’agit des dates et de la nature des crimes? La correction est-elle également faussée? S’il est moralement inacceptable de s’amuser à réduire des vies humaines (quelles qu’elles soient) à des chiffres mathématiques controversés, il est tout aussi important d’éviter d’induire le public en erreur sur les statistiques.
Les déclarations de Mme la Ministre des Affaires Etrangères rappellent le récent scandale lié au discours du Vice-Premier Ministre de la Défense, somme toute, cousu de plagiat en violation de la propriété intellectuelle de M. Winston Churchill, de Dwight D. Eisenhower et d’Emmanuel Macron.
En effet, les plus hauts responsables du gouvernement congolais ont la réputation de recourir aux fausses déclarations politiques et aux affirmations fantaisistes. Ils nous ont habitués à des déclarations de type ” dog whistle”, ce qui implique une omission intentionnelle ou une incitation à la violence sans que celle-ci ne soit perçue par les acteurs étrangers au contexte.
Dans le cas du massacre dit de Kishishe, le gouvernement de la RDC a initialement fait état de 3 000 morts. Il a ensuite révisé ce chiffre à 300, pour finalement conclure à 272 victimes. Amnesty International avait d’abord parlé de 80 décès, mais son dernier rapport fait état de 20 morts. Quant à l’ONU, elle a d’abord évoqué le chiffre de 131 avant de se rétracter et d’augmenter ses estimations à 171. Parallèlement, le gouvernement de la RDC a intentionnellement omis de mentionner la persécution de 300 Tutsi dans la localité de Nturo, dans la même région de Kishishe, et à la même période.
Le gouvernement de la RDC a affirmé sans froid aux yeux que la guerre en RDC avait causé entre 13 et 18 millions de morts. De nombreuses sources crédibles suggèrent pourtant qu’entre 1990 à nos jours, on estime à environ 3 à 4 millions de morts en raison des conditions de guerre. Le gouvernement de la RDC a volontairement omis de reconnaître que ces victimes, quelles que soient leurs origines ethniques, sont mortes à cause de la rhétorique populiste, xénophobe et ethnocentrique des acteurs gouvernementaux.
En février 2025, le gouvernement de la RDC a affirmé qu’un ” massacre de 8 000 civils” avait eu lieu à Goma à la suite de sa prise par le M23. Plus tard, la Première Ministre de la RDC, Son Excellence Madame Judith Suminwa a suggéré que 2 500 combattants, dont des civils, avaient été tués à Goma. La MONUSCO a parlé de 2 900 combattants. Il est important de noter que la ville de Goma avait accueilli des milliers de combattants: 22 000 membres de groupes armés Wazalendo, 24 000 hommes de l’armée nationale FARDC, 1 500 mercenaires européens et plus de 3 000 soldats de la SADC, sans compter le nombre inconnu de troupes burundaises.
Le gouvernement de la RDC a, à dessin omis de faire mention des centaines de personnes tuées par les groupes islamistes radicaux d’ADF-NALU, ou encore les victimes du téméraire groupe armé connu sous le nom de CODECO.
En général, tout ” mensonge” ou toute tricherie est délibérément laissée pour la consommation du public lorsqu’ils visent à incriminer les Tutsi. Le procès d’un Tutsi est comparable à celui de Pilate devant les accusateurs de Jésus. Il a beau ne rien faire, il faut obéir à la volonté de la masse qui réclame son lynchage. Pour preuve, il suffit d’examiner les archives de la tristement célèbre société civile du Kivu depuis le début des années 1990, pour se rendre compte que tous ses rapports sont tissés uniquement pour accabler les Tutsi. Les statistiques sont exagérément déformées dans le but de faire des Tutsi des bourreaux innés.
Même prix Nobel de la paix, le Dr Mukwege, utilise la même méthode pour affliger les fidèles que son père lui a légués. Il fait croire au monde entier que les soldats Tutsi utilisent le viol comme arme de guerre sans fournir la moindre preuve pour un seul cas spécifique, oubliant que l’un des reproches adressés aux Tutsi est justement leur manque d’attirance pour les filles des communautés non Tutsi. Sa précipitation à travers son message X (anciennement Twitter) sur le massacre imaginaire de 220 personnes à Kipupu, dont le chiffre a été réduit, après enquête, à 7 combattants tués, en dit long sur sa démarche.
Il ne s’agit donc pas d’une erreur de la part de Mme Thérèse Kayikwamba Wagner de parler d’un génocide des Hutu en 1994. C’est fait à dessein. Tous les officiels rivalisent pour trouver, chacun à son tour, un nouvel élément pour incriminer les Tutsi. Ces derniers sont donc non seulement victimes des massacres, mais aussi victimes des mensonges qui les attribuent la responsabilité des massacres. Malheur à ceux qui osent nier une fausse accusation portée contre eux, au risque d’être qualifiés de traîtres et d’être condamnés à la peine capitale.
Les acteurs politiques congolais doivent prendre une conscience de l’impact de ce phénomène de falsification des faits. Chaque mot ayant des implications, les hauts responsables du gouvernement doivent s’appuyer sur les experts en relations publiques à leur disposition. Les membres du gouvernement de la RDC doivent être plus conscients de leurs responsabilités éthiques. Les faits comptent. Les implications juridiques de termes tels que ”génocide” sont importantes. L’inclusivité dans les rapports témoigne d’un leadership inclusif et solide. Enfin, il ne s’agit pas toujours de s’opposer les uns aux autres. La mort d’une personne n’annule pas la mort d’une autre. Comme le dit le professeur Tony Booth: ” Chaque vie et chaque mort sont d’égale importance.”
Dr. Alex Mvuka

































































