La décision du pouvoir de Kinshasa de reconduire le général-major Sylvain Ekenge dans ses fonctions de porte-parole des Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) constitue un signal politique d’une gravité exceptionnelle. Alors que le pays traverse une crise sécuritaire et institutionnelle majeure, ce choix est un exemple frappant d’impunité qui illustre le mépris des autorités pour l’Etat de droit et les valeurs fondamentales de cohésion nationale.
En réhabilitant un officier dont les interventions publiques sur la Radio-Télévision Nationale Congolaise (RTNC) ont été marquées par des propos stigmatisants ciblant la communauté tutsi congolaise, le régime du président Félix Tshisekedi ne fait pas que fermer les yeux. Il valide et assume une ligne idéologique. La déclaration de Sylvain Ekenge ne peut être isolée de la ligne politique du pouvoir central. Elle reflète une posture d’Etat où la stigmatisation ethnique est devenue un levier d’action politique et de communication.
Discours de haine banalisés
L’affaire Ekenge n’est que la partie émergée d’un système où le discours de haine envers la communauté tutsi a été progressivement normalisé, financé et relayé par des acteurs clés de l’appareil d’Etat et de la scène publique.
L’ancien ministre et proche du président Tshisekedi, Justin Bitakwira, s’est illustré à plusieurs reprises par des déclarations publiques incendiaires assimilant l’ensemble d’une communauté à des criminels. Le manque de sanctions judiciaires ou politiques exemplaires à son encontre a démontré la tolérance, voire la complaisance du pouvoir face à de tels dérapages.
On peut aussi citer le cas de Constant Mutamba. L’ascension et la position centrale de personnalités politiques ayant tenu des positions radicales ou véhiculé des rhétoriques de division au sein de l’appareil gouvernemental confirment que le ciblage communautaire est devenu un tremplin politique plutôt qu’un motif d’exclusion.
L’utilisation de figures d’influence et de communicateurs sur les réseaux sociaux et dans les médias, à l’instar de Jean-Claude Mubenga et de Guystave Kalonji (Kalonji TV), montre comment la déshumanisation et la haine tribale sont entretenues, financées et diffusées à grande échelle sous couvert de patriotisme.
La chaîne de transmission: de la capitale au terrain militaire
L’institutionnalisation de cette rhétorique au plus haut niveau de l’Etat a des conséquences directes et dramatiques sur le terrain. En pénétrant le commandement des FARDC, ce discours valide et renforce les alliances opérationnelles conclues sur le terrain avec des groupes armés et des milices locales, notamment les Wazalendo et les FDLR.
Lorsque la voix officielle de l’armée et des figures politiques de premier plan utilisent les canaux nationaux pour cibler un groupe spécifique, elles fournissent une caution idéologique aux exactions commises par ces milices. La haine véhiculée depuis Kinshasa se transforme ainsi en menace existentielle directe pour les populations civiles innocentes dans l’Est du pays.
En maintenant ces acteurs au cœur de l’appareil sécuritaire, de la justice et de la communication de l’Etat, le régime de Félix Tshisekedi fait de la division un instrument de gouvernance et de distraction.
La désignation d’un bouc émissaire interne et régional demeure la seule stratégie de communication du pouvoir, plutôt que d’affronter les causes profondes de la crise telles que la corruption, l’incapacité à réformer l’armée et l’absence de gestion étatique.
La construction d’une paix durable en RDC ne pourra se faire tant que l’impunité servira de prime aux prédicateurs de la haine. La réhabilitation du général Sylvain Ekenge, tout comme le silence face aux dérives de Bitakwira et consorts, confirment que sous le régime actuel, le discours de haine n’est plus une dérive individuelle, mais une doctrine d’Etat.
Agasaro Jessica



































































