Une idéologie intacte, trente ans après le génocide des Tutsi
Le génocide perpétré contre les Tutsi en 1994 a laissé des cicatrices profondes. En cent jours à peine, près d’un million de Tutsi ont été massacrés au Rwanda par les Forces armées rwandaises (FAR) et les milices Interahamwe. Après la défaite de ces bourreaux face au Front patriotique rwandais (FPR), une partie d’entre eux a fui vers l’Est du Congo. Là, dans les maquis du Kivu, ils ont réorganisé leurs forces sous une nouvelle bannière : les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).
Aujourd’hui encore, ces groupes continuent d’exister. Ils ne sont pas des fantômes du passé. Ils tuent, enrôlent, menacent. Leur discours n’a pas changé. Leurs méthodes non plus. Pourtant, dans certains milieux politiques ou militants, leur dangerosité est minimisée, voire ignorée. Le prix Nobel Denis Mukwege, par exemple, qualifie cette menace de ”prétexte dépassé”. Mais les témoignages et les rapports accumulés au fil des ans racontent une autre réalité : celle d’un groupe déterminé à propager une idéologie de haine ethnique à travers toute la région des Grands Lacs.
Une génération d’enfants-soldats élevés dans la haine
Dans les forêts congolaises, les FDLR élèvent une nouvelle génération de combattants. Un reportage du “Guardian”, datant de 2008, livre les mots glaçants d’un enfant de 13 ans, capturé par les FDLR et conditionné à tuer:

” Nous devons tuer les Tutsi où qu’ils soient. C’est la seule façon de récupérer notre pays. Ce n’est pas difficile de tuer. On tire.”
Ces enfants n’ont jamais vu le Rwanda. Ils sont nés dans les camps, élevés dans une haine transmise comme un héritage. Leurs repères ? Les ” Dix Commandements du Hutu”, un manifeste raciste qui justifiait déjà Le génocide perpétré contre les Tutsi en 1994 de 1994. Parmi ses principes :
” Le Hutu qui épouse une Tutsi est un traître.”
” Avoir de la compassion pour un Tutsi est une faiblesse.”
Jerubaal Kayiranga, ancien recruteur FDLR, l’explique clairement: ” Ces enfants sont pires que les adultes. On leur apprend à haïr ce qu’ils ne connaissent même pas. C’est ce qu’on nous disait déjà avant.”
Des criminels toujours actifs, parfois même protégés
Plusieurs hauts cadres des FDLR sont recherchés pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Certains ont été condamnés par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), d’autres sont toujours en fuite.
Ce qui choque, c’est que certains d’entre eux vivent en Europe, notamment en Belgique et en Allemagne. De là, ils continuent de coordonner les activités des FDLR, bénéficiant de protections juridiques étonnantes malgré leur passé criminel.

Le Rwanda, encore cible d’attaques transfrontalières
Contrairement à ce que certains affirment, le Rwanda reste une cible militaire directe des FDLR et de leurs alliés congolais. Plusieurs attaques ont été documentées ces dernières années :
15 juillet 2013 : Deux obus de 100 mm, dont l’un tiré par un char T-55, atteignent les villages de Gisura et Ruhara (district de Rubavu), depuis des positions tenues par les FARDC.
Août 2013 : Une salve de 34 bombes et roquettes frappe le Rwanda en une semaine, tuant une femme et son bébé.
Novembre 2012 : Une offensive conjointe FARDC-FDLR tue plusieurs civils à Muti, également dans Rubavu.
Une collusion inquiétante avec l’armée congolaise
Le rapport Mapping de l’ONU (2010), tout comme d’autres rapports d’experts, décrit une “collaboration systématique entre les FDLR et les FARDC”, l’armée nationale congolaise. Cette alliance se manifeste à plusieurs niveaux : partage de positions militaires, transfert d’armes, opérations coordonnées.
Pire encore, cette alliance n’est pas sans conséquences pour les populations locales. De nombreux massacres commis par les FDLR dans le Nord et le Sud-Kivu l’ont été avec la complicité ou la passivité des autorités congolaises, selon les Nations unies. Pourtant, aucune mesure sérieuse n’a été prise pour désarmer ou extrader les responsables.

La guerre des minerais : une économie de la violence
Les FDLR ne sont pas seulement un groupe politique ou idéologique. Ils sont aussi un acteur économique violent, profondément enraciné dans le commerce illicite des ressources minières de la région. Une étude de la Banque mondiale (2007) estime qu’ils contrôlent près de la moitié du commerce de minerais dans les Kivus, incluant de l’or, du coltan et des diamants.
Les profits générés par ce commerce servent à financer la guerre, acheter des armes et entretenir des réseaux de corruption transfrontaliers. Ces ressources sont souvent acheminées vers le Burundi, où elles sont blanchies dans les circuits officiels.
Des populations congolaises prises en otage
Les premières victimes de la présence des FDLR en RDC sont souvent les civils congolais eux-mêmes. Des témoignages abondent sur les violences sexuelles, les pillages et les exactions commises par ce groupe:
* Des femmes violées par centaines, parfois en public, pour semer la terreur.
* Des villages soumis à des ”taxes” illégales, sous peine de représailles.
* Des récoltes volées, des marchés détruits.
Un commerçant de la ville de Sange confiait à des enquêteurs: ”Ils prennent tout ce que nous avons. Si on refuse, ils tuent. Il n’y a pas de justice ici.”

Quelle réponse pour quelle paix ?
Le Rwanda a souvent été accusé d’ingérence lorsqu’il évoque la menace des FDLR. Pourtant, les faits sont là : des groupes armés issus du génocide vivent et opèrent à ses frontières, et les attaques contre son territoire sont réelles.
Le Dr Mukwege a raison de dénoncer la souffrance du peuple congolais, mais il est dangereux de fermer les yeux sur le rôle destructeur des FDLR. Leur présence prolonge le chaos. Leur impunité est une insulte à la mémoire des victimes du génocide perpétré contre les Tutsi.
Des mesures claires s’imposent
La paix durable passe par des décisions courageuses :
- Désarmer immédiatement les FDLR et extrader leurs chefs vers la justice rwandaise ou internationale.
- Rompre toute collaboration militaire ou logistique entre les FARDC et les FDLR.
- Sanctionner les réseaux de soutien basés en Europe, qu’ils soient politiques, financiers ou médiatiques.
Ignorer les FDLR, c’est accepter qu’une idéologie génocidaire puisse encore prospérer, trente ans après les faits.
” Massacrer les Tutsi n’a jamais été un droit. Mais fermer les yeux sur les criminels, c’est devenir complice.”
La Rédaction




































































