Dans un contexte marqué par l’évolution rapide des menaces sécuritaires en Afrique de l’Est, les plus hauts responsables militaires et de sécurité se sont réunis ce 13 aout 2026 à l’hôtel Sheraton de Kampala à l’occasion de la 36e session ordinaire du Comité des chefs de la défense et de la sécurité de la Force d’intervention d’Afrique de l’Est (EASF).
Cette réunion de haut niveau, qui fait suite à la conclusion des délibérations du groupe de travail d’experts de l’EASF, marque un tournant décisif pour une architecture de sécurité régionale conçue pour assurer le déploiement rapide, la prévention des conflits et les opérations de soutien à la paix dans toute l’Afrique de l’Est.
Au-delà des chiffres : l’évolution vers l’agilité et la prospective stratégique
En ouvrant la session, la ministre d’Etat ougandaise chargée de la Défense et des Anciens combattants, Grace Akifeza Ngabirano, a souligné que les stratégies de défense isolées n’étaient plus viables dans le contexte actuel de menaces interconnectées. Mettant en avant l’évolution du mandat des chefs militaires modernes, elle a noté que les chefs d’état-major de la défense étaient passés du statut de commandants traditionnels à celui de conseillers stratégiques du gouvernement et de garants de la résilience nationale.

” La sécurité ne peut être assurée par l’isolement. Elle se construit sur la confiance, se renforce grâce au partenariat et perdure lorsque les nations privilégient la coopération plutôt que l’incertitude,” a indiqué Grace Akifeza Ngabirano.
Ce changement de stratégie a été repris par le chef des forces de défense ougandaises, le général Muhoozi Kainerugaba. Il a souligné que les conflits modernes se caractérisent de plus en plus par une guerre non traditionnelle, un extrémisme en constante évolution, des réseaux illicites et des opérations axées sur la technologie. Il a insisté sur le fait que l’état de préparation ne se mesure plus uniquement à l’aune des effectifs, mais aussi à celle de l’agilité, de l’interopérabilité, de la prévoyance stratégique et de la capacité à réagir de manière décisive dans des conditions incertaines.

Le général Kainerugaba a cité la transition en cours vers la Mission de soutien et de stabilisation de l’Union africaine en Somalie (AUSSOM) comme un indicateur clair que l’Afrique de l’Est doit maintenir une préparation opérationnelle indépendante et autonome plutôt que de compter sur des conditions externes imprévisibles.
Remédier aux vulnérabilités : financement et gouvernance de haut niveau
Si la capacité opérationnelle reste élevée, renforcée par un exercice de vérification des forces récemment mené en Ouganda, qui a validé les composantes militaires, policières et civiles de l’EASF, le cadre institutionnel se heurte à deux obstacles structurels persistants: la viabilité financière et l’alignement politique.
Le directeur de l’EASF, le général de brigade Ronald Rwivanga, a fait remarquer que l’évolution des structures internationales de financement des opérations de soutien à la paix exigeait des organismes régionaux africains qu’ils assument une plus grande responsabilité financière. Si le général Kainerugaba a réaffirmé l’engagement de l’Ouganda à s’acquitter de ses cotisations, l’autonomie financière à long terme dépendra de la capacité de tous les Etats membres à respecter systématiquement leurs obligations financières.

Le général de brigade Rwivanga a lancé un appel direct en faveur de la convocation du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’EASF, qui ne s’est pas réuni depuis 2014 malgré les exigences statutaires. Le rétablissement d’un leadership politique régulier au niveau du sommet est essentiel pour garantir un engagement politique renouvelé, une orientation stratégique et une appropriation collective de la force lors de crises régionales.
La voie stratégique à suivre
Créée en 2004 à la suite d’une décision prise lors du sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba et légalement établie en tant qu’organisation constituante de la Force africaine en attente par un protocole d’accord en 2005, l’EASF a été conçue pour apporter des ” solutions africaines aux problèmes africains”, un principe forgé dans le contexte de crises régionales majeures.
Alors que les trois jours de réunions à Kampala touchent à leur fin, l’attention se porte désormais sur la manière dont les chefs d’état-major traduiront ces délibérations en actions concrètes. Une force de réserve tire son principal pouvoir de dissuasion non seulement de son déploiement actif, mais aussi de la confiance crédible qu’elle inspire avant même qu’une crise n’éclate. En accordant la priorité à la discipline financière, à l’interopérabilité des forces et à un engagement politique renouvelé, l’EASF se positionne pour rester un pilier de stabilité réactif et autonome dans toute l’Afrique de l’Est.
Armel Rugambwa


































































