Le premier long métrage de Marie-Clémentine Dusabejambo est aussi le premier film rwandais à être sélectionné officiellement au Festival de Cannes dans la catégorie ” Un certain regard”.
Ce film ”Ben’Imana” a été montré au Festival de Cannes ce mardi 19 mai en présence de fans mais également de Sandrine Umutoni, la secrétaire d’Etat au ministère de la jeunesse et des arts (MOYA). Un moment d’émotions, de larmes de joie.
Dusabejambo put jouir d’une longue ovation méritée. Il lui a fallu plus d’une décennie pour arriver à vivre les moments intenses du Festival de Cannes.

” Je prie pour plus de moments comme celui-ci, que le Rwanda continue de briller encore et encore à travers nos talents, notre créativité, nos créations, nos arts et nos innovations,” a déclaré Raoul Rugamba sur son compte X.
Kibeho, connu surtout pour le tourisme religieux, a été le lieu choisi par la scénariste et réalisatrice Marie-Clémentine pour tourner son film en 2012.
Ben’Imana (les enfants de Dieu) explore la résilience, la réconciliation et la force des femmes rwandaises à travers une narration authentique.

Le titre du film met l’accent sur une identité collective, plutôt que sur les divisions ethniques entre Tutsi et Hutu que les colonisateurs du Rwanda ont imposées et encouragées
”Je pardonne” sont les premiers mots prononcés par Vénéranda, la protagoniste, dans ce film, mais son regard et ses bras croisés sur sa poitrine la trahissent.
La personne à qui Vénéranda accorde officiellement son pardon dans la scène d’ouverture est Karangwa (Aime Valens Tuyisenge). Il est accusé d’avoir assassiné ses frères et sœurs ainsi que d’autres membres de sa famille.

Sur les huit enfants élevés par leur mère (Arivere Kagoyire), seules Vénéranda et sa sœur Suzanne (Isabelle Kabano) ont survécu. La fureur de Suzanne est aussi explosive que la retenue de sa sœur. Elle affirme que Vénéranda ” n’a pas le droit de pardonner au nom de notre famille”. Elle est déterminée à traduire Karangwa en justice.
Vénéranda, en sa qualité de responsable des affaires sociales du district, invite les femmes locales à partager des souvenirs encore vivaces. Leurs séances s’inscrivent dans le cadre du programme national ”Rwandité”, conçu pour réunifier les Rwandais après des années de conflit ethnique et de carnage. Aucune identification sur base ethnique n’est permise.

La jeune génération, incarnée par Tina (Kesia Kelly Nishimwe), la fille pleine de vie de Vénéranda, et son petit ami, un photographe discret prénommé Richard (Elvis Ngabo), a grandi sans étiquettes ethniques. Alors que Vénéranda se présente comme un modèle de pardon aux yeux des femmes du groupe, elle ne parvient pas à voir au-delà des origines hutu de Richard, et elle se montre glaciale envers Tina lorsque celle-ci tombe enceinte et est renvoyée de l’école. ” Ni Richard ni sa famille ne m’ont fait de mal”, fait remarquer Tina avec raison, tandis que sa mère bouillonne de honte et de jugement, son trouble intérieur s’exprimant par une hypocrisie déconcertante…
Gérard Rugambwa



































































