Après plusieurs années de tergiversation dans le dossier d’Agathe Kanziga, peut-on espérer enfin le jugement de cette tête influente dans l’extermination de l’ennemi intérieur? Doucement.
Le dossier d’Agathe Kanziga qui a assez trainé dans les mains de la justice française vient de connaître un nouveau rebondissement. Le non lieu prononcé en 2025 a été levé ce mardi 06 mai 2026.
La Cour d’Appel de Paris donne ainsi le feu vert à la justice de poursuivre les investigations contre cette ancienne première dame (1973-1994) longtemps considérée comme une ” innocente femme de ménage ” dans la politique rwandaise.
Selon Professeur Vincent Duclert, l’ordonnance qui fondait le non lieu comportait un défaut puisque Agathe Kanziga était présentée non pas comme une auteure du génocide mais comme une victime de l’attentat contre l’avion de son mari.
” Il était logique dans la recherche de la vérité de relancer l’instruction afin d’établir les faits qui, ensuite, seront qualifiés et permettre de juger les responsables,” a déclaré Professeur Vincent Duclert.
Les historiens ont alerté la justice sur l’importance de certains éléments permettant de comprendre le rôle important d’Agathe Kanziga avant, pendant et après le génocide à travers le négationnisme.
Bien qu’elle se soit toujours présentée comme une simple ” mère au foyer”, la justice française a noté l’existence de raisons sérieuses de penser qu’elle s’est rendue coupable de crimes de génocide.
” Derrière un homme politique fort, il y a toujours une femme forte”, dit Charles-Maurice de Talleyrand-Pérogord.
Agathe Kanziga était perçue comme la garante de l’idéologie du “ Hutu Power” au sein de la présidence de la République. Son influence aurait contribué à bloquer l’application des accords de partage du pouvoir après la signature des accords de paix d’Arusha, en Tanzanie, le 04 aout 1993.
Elle a exercé une influence déterminante dans les nominations politiques et militaires durant deux décennies de règne de Juvénal Habyarimana. Elle était considérée comme une figure centrale capable de dicter les carrières au sein de l’armée…
L’espoir de voir la justice rendue aux victimes renait mais tout ne va pas rouler comme sur des roulettes. Et elle pourrait ne pas aboutir à une condamnation attendue d’Agathe Kanziga depuis plusieurs années.
Le procès de cette femme conduirait à des révélations des secrets d’Etat sur le rôle de la France au Rwanda entre 1990 et 1994. Kanziga était une interlocutrice privilégiée de l’Elysée à l’époque. Mettre en lumière son rôle dans l’Akazu risquerait d’exposer le soutien militaire et politique que Paris apportait à ce petit cercle.
Agathe Kanziga Habyarimana a été exfiltrée par l’armée française sur l’ordre direct de l’Elysée. La France lui a versé une aide financière à son arrivée et l’a longtemps traitée comme une alliée. Pour certains, la condamner reviendrait à admettre que la France a sciemment sauvé et protégé une organisatrice de génocide…
La France jouerait sur le temps pour préserver une forme de stabilité diplomatique et de protéger ses secrets militaires, tout en attendant qu’une mort naturelle finisse par clore définitivement le dossier sans aucun procès formel. Dans le pire des cas, l’on pourrait se débarrasser, d’une manière ou d’une autre, de cette femme devenue encombrante.
Gérard Rugambwa



































































