Dr Placidie Mugwaneza, Cheffe de division VIH/Sida, infections sexuellement transmissibles et hépatite virale au Centre Biomédical du Rwanda (RBC) l’a révélé au cours d’une interview exclusive avec le Canapé… Et d’ajouter : « Le VIH/Sida est devenu une maladie chronique. Les PVVIH continuent à vivre longtemps et à vieillir avec le Sida. »
Le Canapé : Quelle était la situation du HIV/Sida au Rwanda avant la pandémie de la covid-19 au mois de mars 2020 ?
Dr Placidie: Avant la pandémie de la Covid-19 comme aujourd’hui, au Rwanda le VIH/Sida était bien contrôlé car selon l’enquête RPHIA qui a été menée en 2018-2019, la prévalence avait diminué pour les tranches d’âge de 15 à 49 ans (2,6% contre 3% en 2015). Cependant, pour la population de 49 à 64 ans, elle est restée stagnante à 3%, ce qui montre que le VIH/Sida est devenu une maladie chronique de façon que les Personnes Vivant avec le VIH/Sida (PVVIH) continuent à vivre longtemps et vieillir avec le VIH. Les nouvelles infections étaient bel et bien maitrisées car la même enquête a montré que l’incidence est de 0,08% personnes par an et les décès liés au VIH ont considérablement été réduits car de 2003 à nos jours, la réduction est de 75%.
Au Rwanda, 98% des structures sanitaires publiques offrent les services de prise en charge du VIH. Plus de 80% des personnes vivant avec le VIH (qui sont au courant de leur statut ou pas) prennent les antirétroviraux (ARVS). En plus, 90% des PVVIH, les ARVs ont bien supprimé leur charge virale.

Le Canapé : Quelle a été l’impact de la covid-19 ? La situation pendant la période du mois d’avril-mai-juin et pendant le trimestre de juillet-août-septembre.
Dr Placidie : Comme à la veille du confinement total, on avait ajusté et adopté de nouvelles approches de prestation des services d’ARVs dans le contexte de COVID-19 à savoir : l’octroi des ARVs qui peuvent couvrir au moins deux mois, faciliter la prestation des soins à tout PVVIH se munissant d’une carte d’enrôlement, qui puisse arriver à n’importe structure sanitaire publique. Jusqu’ici on n’a pas eu de défis par rapport à la prestation de services. Cependant, on a noté quelques cas isolés de PVVIH qui n’ont pas pu fréquenter les formations sanitaires à leur proximité pour se faire approvisionner en ARVs. Pour surmonter cette contrainte, en collaboration avec le réseau des personnes vivant avec le VIH, on a acheminé les ARVs à leurs domiciles. En effet, comme partout ailleurs dans le monde, on a enregistré des cas de PVVIH qui n’ont pas pu garder leurs boulots, ce qui pourrait détériorer leurs modes de vie dans les jours à venir.
Brièvement, jusqu’aujourd’hui, je dirais qu’il y’a pas eu d’impact particulier du Covid-19 chez les PVVIH.
Le Canapé : Une nouvelle méthode de dépistage du VIH/SIDA est sur le marché local, les gens peuvent eux-mêmes se faire ce dépistage sans devoir solliciter les services des infrastructures sanitaires. Quel est le taux d’utilisation de cette méthode ?
Dr Placidie : Il n’y a pas eu d’étude pour évaluer l’utilisation actuelle de ce test, par conséquent, il est difficile d’apprécier le taux d’utilisation actuelle
Le Canapé : Ne risque-t-il pas de se poser un problème pour les personnes qui obtiennent un résultat positif sans un accompagnement d’un conseiller médical à la réception de ce résultat ?
Dr Placidie : Plusieurs études ont été faites sur l’auto dépistage du VIH et ont montré que cette méthode est très bien acceptée par divers groupes d’utilisateurs. C’est le cas notamment des hommes, jeunes, travailleurs de la santé, femmes enceintes et leurs partenaires masculins, ainsi que d’autres couples et partenaires. Sur base des résultats de ces études, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a adopté et a publié les recommandations à propos de l’auto dépistage du VIH comme une stratégie additionnelle pour augmenter l’accès et la connaissance du statut sérologique des personnes. Conformément à ces recommandations de l’OMS, le Rwanda a également adopté l’autotest du VIH dans le paquet complet des interventions de prévention du VIH. Spécifiquement au Rwanda, à l’intérieur de chaque test de dépistage, il y a une note explicative des étapes à suivre pour le dépistage et une ligne téléphonique gratuite a été indiquée pour ceux qui ont un problème dans l’ensemble du déroulement du dépistage.
Le Canapé : Pensez-vous que cette manière de faire le dépistage du VIH/SIDA soit la meilleure ? Pourquoi ?
Dr Placidie : Cette méthode est importante car elle représente une nouvelle mesure qui s’inscrit dans le cadre des efforts visant à accroître l’autonomie des clients, à augmenter l’accessibilité et l’utilisation du dépistage du VIH parmi les personnes non desservies par les services de dépistage existants au sein des structures sanitaires.
Le Canapé : Des cas de grossesses non désirées sont en hausse chez les adolescentes. Cela signifie des relations sexuelles non protégées. Comment aider les jeunes, en attendant la reprise des activités scolaires, à mieux se protéger contre le VIH/SIDA qui reste dans nos murs ?

Dr Placidie : Une collaboration multisectorielle dans la prévention des grossesses non désirées et la prévention du VIH, allant de la sensibilisation à la fourniture de services de planning familial et de préservatifs est en place.
Le Canapé : Sur le marché international, il y a eu une carence des préservatifs. Ce problème ne s’est-il pas posé au Rwanda ? Peut-on dire que le stock est suffisant ?
Dr Placidie : Au Rwanda, il y a un stock suffisant de condoms.
Le Canapé : Un message particulier ?
Dr Placidie : Non, Merci.
Gérard Rugambwa



































































