Murekatete Claudine, jeune et intrépide poétesse, est déterminée à faire carrière dans la poésie puisant ainsi dans des poèmes issus de la culture rwandaise pour contribuer à construire le Rwanda de demain. Dans une courte interview qu’elle a accordée au Canapé, elle est revenue sur les raisons qui l’ont poussée à devenir poétesse et son parcours….
Le Canapé : Quand avez-vous commencé à écrire de la poésie ?
J’ai commencé à composer de la poésie quand j’étais à l’école primaire. En raison de ma passion et de ma soif pour les mots de ma langue maternelle, et c’est de là que j’ai décidé que plus tard quand je serai grande j’en ferais un métier.
Le Canapé : Où puises-tu ce don pour la poésie ?
Personne dans ma famille ne l’a jamais fait, je dirais que c’est un cadeau du ciel, accorder du temps à la poésie et de vivre auprès de ceux qui le font. J’ai des amis avec moi qui aiment aussi la poésie. Avec eux on s’amusait à lire et déclamer des poèmes.
Le Canapé : Quels obstacles as-tu rencontré pendant ton parcours ?

La poésie en tant que domaine encore nouveau surtout pour la jeune génération, ce n’est pas facile de faire connaitre son talent et pouvoir en vivre. La musique, la danse, l’art ou le cinéma sont des domaines qui, aujourd’hui, peuvent faire vivre l’artiste mais pour nous poètes, on essaie encore de nous faire de la place.
En tant que jeune fille, j’ai souvent eu des commentaires négatifs comme quoi une fille ne devrait pas être poète, que c’est un art culturellement dédié aux hommes, etc.
A l’époque des rois, la poésie se faisait en public, aujourd’hui on doit s’adapter aux nouvelles technologies et nous faire connaitre sur les réseaux sociaux comme Youtube et ainsi pouvoir vivre de notre passion. Tout cela est un handicap mais nous essayons de changer la donne et il y a de l’espoir pour le futur.
Le Canapé : Quels sont les thèmes que tu abordes souvent dans tes poèmes ?
Mes poèmes se basent plus sur des thèmes qui concernent notre société actuelle. Il y a par exemple un poème que j’ai écrit intitulé “NGUHOZE”, qui parle du Génocide perpétré contre les Tutsi en 1994. Il y en a d’autres qui se concentrent principalement sur le fait de donner des conseils aux jeunes d’aujourd’hui car ce sont eux qui constituent l’avenir du Rwanda, ce sont les forces qui construiront le pays de demain.
Le Canapé : Comment percevez-vous la poésie d’aujourd’hui ?
La poésie au Rwanda ces dernières années était à un niveau bas, mais maintenant il y a un pas qui a été franchi. Actuellement il y a beaucoup de poètes et l’État ainsi que d’autres organisateurs de divers concours leur donnent une chance de concourir et de faire plaisir aux amateurs de poésie. Grâce aux réseaux sociaux, il est aussi plus facile de faire entendre sa voix, de poster des vidéos des poèmes, se faire connaitre et ainsi gagner de l’argent.
En tant que poétesse, j’ai la tâche de faire savoir au monde la beauté de la poésie comme tout autre art. Avant j’avais peur de montrer mes poèmes. J’écrivais beaucoup de poèmes mais je les cachais. Je ne pouvais pas le faire de manière professionnelle afin que les amateurs de poésie puissent le voir. Maintenant tout cela a changé. J’ai plus confiance en moi. Je souhaite en profiter et me faire un nom dans ce domaine.
Le Canapé : Qui est votre modèle dans la poésie ?

J’apprends sur les traces de mes prédécesseurs comme Nyiraruganzu Nyirarumaga et Nyakayonga ka Musare. Il y a aussi d’autres bons poètes aujourd’hui comme Junior Rumaga qui le fait bien et j’apprends beaucoup d’eux.
Le Canapé : Qu’aimeriez-vous que la poésie fasse pour vous ?
Ce que je veux avant tout, c’est contribuer à la construction du Rwanda. Aussi, en termes d’argent, j’ai commencé à en profiter il y a deux ans maintenant, j’écris des poèmes pour des gens qui ont des anniversaires, pour des mariés et d’autres événements différents. Ça m’aide à résoudre certains propres problèmes financiers même si ce n’est pas encore suffisant pour que je puisse vivre de mon art.
Le plus grand obstacle qu’il y a aujourd’hui, c’est qu’il n’y a pas assez de place pour montrer nos talents de poètes. C’est très rare qu’on entende des poèmes dans les médias. Ce serait vraiment un grand pas pour notre art si on pouvait se faire connaitre aussi à travers les médias traditionnels comme la télévision ou la radio.
Propos recueillis par Michèle Iradukunda



































































