Le directeur de l’Organisation pour l’Intégration et la Promotion des Personnes atteintes d’Albinisme (OIPPA), Nicodème Hakizimana, affirme que leurs enfants peuvent réussir à l’école si les défis auxquels ils font face sont surmontés. L’un des plus importants reste le problème de vue.
Le Canapé : Pourquoi les enfants atteints d’albinisme connaissent-ils un faible niveau d’éducation et l’analphabétisme ?
Nicodème Hakizimana : Les raisons sont nombreuses. Souvent un enfant atteint d’albinisme n’est pas scolarisé car ses parents croient qu’il a une capacité intellectuelle inférieure à la normale. Ils craignent le coût de l’éducation d’un tel enfant. Enfin, le problème d’emploi ne les motive pas à faire inscrire leur progéniture à l’école.
Quand un enfant atteint d’albinisme se rend à l’école, il souffre de déficience de vue. La plupart d’enseignants ignorent cela et ne pensent pas à lui attribuer une place proche du tableau. Lors des travaux d’évaluation comme les examens, l’enfant ne termine pas à l’heure car il ne voit pas bien. Cela favorise l’échec scolaire. Ils ont besoin d’un questionnaire écrit en caractères assez lisibles pour eux.
Lors des examens nationaux, dans la préparation des questionnaires par le ministère de l’éducation, l’on ne tient pas compte de cette difficulté particulière pour de tels apprenants.
La communauté décourage également ces enfants. Celui qui parvient à suivre le cursus scolaire normal ne trouve pas d’emploi. L’on pense à tort que la performance des personnes atteintes d’albinisme est inférieure à la normale.
Le Canapé : Comment avez-vous pu poursuivre vos études jusqu’au niveau supérieur ?
Nicodème Hakizimana : j’ai poursuivi mes études jusqu’au niveau universitaire. Je suis détenteur d’une licence en éducation et d’une maitrise en planification de l’éducation. Pour y arriver, il a fallu mener une lutte quotidienne parce que je ne voyais pas bien. Je devais me mettre debout pour la prise des notes. Evidemment dans cette position je gênais mes condisciples qui me traitaient de tous les noms. J’ai été persévérant car je bénéficiais des encouragements de mes parents.
Le Canapé : Combien souffrent-ils de déficience de vue en pourcentage ?
Nicodème Hakizimana : Environ 100% de ces enfants connaissent un problème de vision. Et le prix des lunettes peut aller jusqu’à 400.000 frws. Elles ne sont pas assurées par l’assurance-maladie « Mutuelle. » Parfois nous avons la chance de trouver l’appui des partenaires mais les bénéficiaires ne sont pas nombreux.
Le Canapé : quelles sont vos initiatives pour promouvoir l’éducation des enfants atteints d’albinisme ?
Nicodème Hakizimana : nous évaluons la situation dans les écoles. Certains problèmes constatés sont présentés au Conseil Rwandais de l’Education (REB). Nous faisons un plaidoyer pour les enfants enfin qu’ils s’asseyent en classe près du tableau noir. Nous proposons que dans la mesure du possible, les enfants atteints d’albinisme reçoivent leurs livres. Le partage avec un enfant qui a une vision normale les désavantage. Nous distribuons les lunettes quand les partenaires nous en donnent. Cependant ils ne sont nombreux à les recevoir car les moyens sont limités. Nous poursuivons notre plaidoyer pour la conception d’un questionnaire tenant compte du problème de vision des enfants atteints d’albinisme.
Le Canapé : Et cela donne des résultats ?
Nicodème Hakizimana : Nous constatons que la performance a augmenté pour les enfants étudiant dans les districts où notre présence est active. En 2019, par exemple, tous les enfants de la ville de Kigali qui avaient bénéficié de notre plaidoyer ont été admis à l’école secondaire. De plus, les enfants qui ont reçu des lunettes peuvent apprendre assis comme les autres.
Le Canapé : quels sont vos projets en cours pour la promotion de l’éducation de ces enfants ?
Nicodème Hakizimana : on se limite au plaidoyer pour notamment le port de lunettes, chapeau et uniformes aux longues manches pour la protection contre les rayons solaires.
Le Canapé : avez-vous des doléances ?
Nicodème Hakizimana : nous aimerions demander aux enseignants et chefs d’établissements scolaires de recenser les enfants atteints d’albinisme dans leurs écoles ou leurs classes en vue de les aider. Nous sommes convaincus qu’ils peuvent réussir comme les autres une fois les défis relevés. Dans la collecte des données scolaires, les instances concernées devraient inclure une colonne des enfants atteints d’albinisme pour pouvoir les aider. Nous ne sommes pas capables de le faire car nous travaillons dans sept districts seulement : Gasabo, Kicukiro, Nyarugenge, Kayonza, Musanze Rutsiro et Nyamasheke.
Propos recueillis par
Gérard Rugambwa




































































