Les discours sur l’autonomisation des femmes ne manquent pas. Conférences, panels, déclarations officielles… On célèbre les avancées, on revendique l’égalité, on exige une place à toutes les tables de décision. Mais pour les femmes de la République Démocratique du Congo, et par extension pour ses voisines, toujours menacées par une crise omniprésente, ce discours résonne comme une farce cruelle-un refrain usé depuis des décennies.
Journée de la femme ? Autonomisation ? Que valent ces mots quand votre maison est un champ de bataille et votre corps, un dommage collatéral ?
Le thème de la Journée internationale des femmes cette année est ”Accélérer l’action”. C’est une invitation à agir pour mettre fin aux souffrances des femmes en RDC. Pendant que la guerre fait rage depuis trop d’années, leurs cris n’ont jamais fait la une-comme d’habitude.
Si l’émancipation des femmes signifie quelque chose, cela devrait commencer par garantir qu’aucune femme ne doive survivre à l’enfer avant de pouvoir vivre pleinement. Mais, hélas, c’est précisément à ce moment que les grands défenseurs des droits humains et les donneurs de leçons quittent la conversation.
Depuis des décennies, le viol est utilisé comme arme de guerre en RDC. Les chiffres sont vertigineux, les témoignages accablants, et pourtant, le monde continue de détourner le regard.
Nous célébrons la Journée des femmes, et pourtant, leurs corps continuent d’être des champs de bataille. Est-ce cela, le progrès ? Après toutes ces années de plaidoyer et d’engagements internationaux, comment se fait-il que les femmes congolaises soient encore prises au piège d’une violence indescriptible ?
Cette guerre ne détruit pas seulement le présent, elle condamne l’avenir. Les femmes ne sont pas de simples réceptacles de la prochaine génération, mais en sont les bâtisseuses. Mais comment bâtir quand l’enfantement lui-même est un traumatisme ? Que se passe-t-il lorsque la prochaine génération naît de la guerre, du viol, de la souffrance et de la déshumanisation ?
Un fait rarement évoqué : certains Occidentaux ne viennent pas en RDC que pour ses minerais. Beaucoup débarquent en mercenaires, en entrepreneurs ou sous couvert d’accords économiques, et repartent en laissant derrière eux une réalité dévastée-des enfants.
Des enfants nés d’aventures passagères, de promesses creuses, de désespoir. De jeunes filles vulnérables qui croient, naïvement, qu’un étranger fortuné leur offrira une vie meilleure. Mais quand ces hommes repartent, que deviennent ces enfants ? Livrés à eux-mêmes, dans un pays qui peine déjà à prendre soin des siens.
Le Rwanda a également connu ce cauchemar. Le viol a été l’arme de prédilection des FDLR-un groupe armé sanctionné par l’ONU et les Etats-Unis, fondé par les génocidaires de 1994. Pendant des décennies, ils ont trouvé refuge en RDC, protégés par Kinshasa, libres de terroriser les populations, tout en complotant leur retour au Rwanda pour ”terminer le travail”.
Pourtant, malgré tout, nous avons choisi la réconciliation. Un processus quasi-miraculeux-douloureux, long, fragile mais incroyablement courageux. Pourquoi un autre pays devrait-il vivre cela ? Pourquoi doit-on toujours reconstruire après l’irréparable, alors qu’on pourrait prévenir ces tragédies ? Il n’est pas trop tard pour la RDC. Mais le temps presse.
Une société qui valorise l’éducation construit un avenir meilleur. Mais quel avenir pour la RDC quand son système éducatif est en ruine ? Quand il est à peine fonctionnel, voire pire, quand il sert à endoctriner une jeunesse en lui enseignant la haine et l’idéologie génocidaire ?
Et pour les jeunes filles qui n’ont même pas accès à l’éducatif ? Le mariage est l’alternative. Les “chanceuses” (ou du moins c’est ce qu’on leur fait croire) sont mariées de force, car ”perdre son temps à l’école” ne sert à rien.
Pendant que les femmes en Europe choisissent si elles veulent se marier, avoir des enfants ou poursuivre leurs ambitions, les filles en RDC se battent juste pour exister.
Marier des fillettes ne leur vole pas seulement leur enfance-cela vole l’avenir de toute une nation. Les filles éduquées construisent des familles plus saines, des économies plus fortes, un avenir plus prometteur. Mais comment avancer quand, à 12 ans, on vous impose d’être une épouse plutôt qu’une écolière ?
Aux femmes de la RDC : nous vous voyons, et nous compatissons
A celles qui ont été violées, déplacées, endeuillées. A celles qui ont perdu un enfant, un époux, une sœur, une mère dans cette guerre insensée. A celles qui, chaque jour, luttent pour survivre dans l’indifférence du monde.
Je suis désolée. Désolée que vos souffrances ne suscitent pas l’indignation qu’elles méritent. Désolée que ceux qui dirigent votre pays, censés être vos protecteurs, jouent avec vos vies comme on parie sur une partie d’échecs. Désolée que même les femmes au sein du pouvoir, celles qui devraient être votre voix, préfèrent le silence et la soumission à leurs maîtres plutôt que le courage de vous défendre.
En ce 8 mars, ne nous contentons plus de discours et de promesses creuses. Il est temps d’agir, là où cela compte vraiment. D’exiger des réponses. De refuser l’inertie. Parce que tant que nous n’aurons pas fait de la protection des femmes congolaises une priorité absolue, tout le reste-les déclarations, les slogans, les politiques d’”empowerment” – ne sera qu’un mensonge bien emballé.
Jade Natacha Iriza




































































