En ce matin du 13 mai 2021, Kibeho se réveille sous les chants d’oiseaux. Ils sont perchés sur les branches de maigres eucalyptus plantés en face de la terrasse du restaurent du Centre Regina Pacis. Ces petites créatures ne ratent jamais cette séance d’action de grâce quand il n’a pas plu. Ils implorent également le Bon Dieu de leur procurer le pain quotidien.
Ce treizième jour du mois de mai, c’est la fête de Notre Dame de Fatima. A Kibeho, la chapelle des apparitions a organisé deux messes. A 6h30 du matin et à 11 heures. Seules 4 dames sont venues de loin. De Kigali. Elles sont logées au Centre Regina Pacis depuis la veille. Elles ont fait le déplacement principalement pour un recueillement et demander l’intercession de la Sainte Vierge, la Mère du Verbe, pour leurs intentions de prière.

« Je suis déjà venue ici plus de 10 fois. Lorsque j’arrive devant la Mère du Verbe, je me sens apaisée. Tous mes problèmes disparaissent, » déclare Claudine Ingabire. « La Sainte Mère exauce nos prières. J’avais un problème d’emploi. J’ai décidé de confier mon problème à ma Mère, ici à Kibeho. Je n’ai pas tardé à trouver une réponse positive, » déclare Claudine.
« Ceux qui se rendent à la source d’eau bénite, et qui s’en servent guérissent de certaines maladies. Pour moi, ce sont les maux de tête, » témoigne-t-elle. « C’est avantageux d’effectuer son pèlerinage sur la Terre sainte. J’encourage les autres à venir à Kibeho, » conseille-t-elle.
La sœur Marie Hyacinthe Musabimana, sans confirmer les propos de Claudine, ne les nie pas non plus. « Les gens affirment avoir été guéries par cette eau bénite. D’autres disent qu’elle permet de chasser les mauvais esprits, » rapporte-t-elle.
« J’ai vu des femmes venir ici prier pour la maternité et revenir pour des prières d’action de grâce avec des bébés. Pour moi, c’est une preuve tangible, » souligne-t-elle. « Cependant, concernant les miracles, c’est l’Eglise qui doit les confirmer, » nuance-t-elle ses dires.

Les infrastructures d’accueil ne suffisent pas
Le maire ad intérim de district Nyaruguru, Janvier Gashema, affirme que les touristes à Kibeho avaient atteint 500 mille personnes par an avant la covid-19. « Et ils peuvent aller jusqu’à 600 mille, » affirme-t-il.
« A cause de l’insuffisance des infrastructures d’accueil, les pèlerins devaient trouver des logements à Huye, à 26,2Km de Kibeho, et lors de la belle saison à Muhanga à 90,6 Km, » montre-t-il une opportunité d’investir dans l’hôtellerie à Nyaruguru.
« Aujourd’hui, les infrastructures de base telles que l’électricité, les bonnes routes, l’eau potable et l’internet grâce au fibre optique sont disponibles à Nyaruguru. L’Etat a joué son rôle, » se targue-t-il.
« Nous invitons le secteur privé à investir à Nyaruguru car les opportunités sont immenses, » dit Gashema. Il rappelle que Kibeho est situé à environ 66 Km du Parc national de Nyungwe.

Pour la Sœur Marie Hyacinthe Musabimana du Centre Regina Pacis, le moment n’est pas propice pour l’investissement. « Avant la covid-19, on recevait beaucoup de gens, les chambres étaient souvent pleines. Aujourd’hui, les rares visiteurs viennent en petits groupes, » se plaint la Sœur Marie Hyacinthe en charge de la gestion du Centre Regina Pacis de Kibeho.
« Nous avons décidé de réduire le nombre d’employés car l’on ne pouvait plus les payer, » montre-t-elle les conséquences de la pandémie de covid-19.
« Nous projetions augmenter notre capacité d’accueil qui compte 20 chambres individuelles bien équipées, 8 à deux lits et des dortoirs pour 80 personnes, » affirme-elle. « Une parcelle avait déjà été achetée pour la réalisation de notre projet, » annonce-t-elle. « C’est difficile dans la situation actuelle de trouver des fonds pour continuer notre projet, » regrette-t-elle.

Selon Spéciose Mukanyamibwa les conditions pour une bonne prière sont réunies à Kibeho. « On se sent plus libre ici. Il y a le chemin de la croix, le chapelet des sept douleurs de la Vierge Marie, une source d’eau bénite et une chapelle que les religieuses mettent à notre disposition. On sent que l’on a bien prié, sans se presser, à son rythme, » se réjouit-elle.
« Nous voulons également que ce lieu soit une place convenable où il y a tout le nécessaire, où on peut venir et trouver un logement, se promener, prier et se reposer. » révèle-t-elle.
Les apparitions mariales de Kibeho ont été les premières reconnues en Afrique le 29 juin 2001. Depuis lors, Kibeho est devenu un lieu de pèlerinage.
Gérard Rugambwa



































































