L’ancien Chef de l’Etat burundais, Pierre Buyoya, a été enterré ce mardi 29 à Bamako en présence des officiels étrangers. Aucune délégation en provenance du Burundi n’a participé aux funérailles.
Pierre Buyoya, mort de covid-19 le 17 décembre 2020, a été inhumé au cimetière chrétien de Bamako, la capitale malienne ce 29 décembre. La presse a noté la présence de sa famille, de représentants de l’Etat malien, de l’Union Africaine et du corps diplomatique.
L’Etat burundais n’était pas représenté. Il venait de le condamner in absentia à un emprisonnement à vie dans un procès visiblement politique sur l’assassinat de Melchior Ndadaye. La condamnation est tombée à la veille de la mémoire de ce premier président qui avait été élu démocratiquement.

Le major Pierre Buyoya a pris le pouvoir suite à un coup d’Etat contre le Colonel Jean Baptiste Bagaza en 1987. Cinq ans plus tard (1993), il perd l’élection présidentielle contre Melchior Ndadaye. Des cérémonies de passation pacifique du pouvoir ont eu lieu à Bujumbura au Palais des Congrès entre Pierre Buyoya de l’Union pour le Progrès National (UPRONA) à dominance Tutsi et Melchior Ndadaye du Front pour la Démocratie au Burundi (FRODEBU) à majorité Hutu. C’était une première dans l’histoire politique du Burundi.
A l’assassinat de Ndadaye par des éléments de l’armée, trois mois après son accession au pouvoir, le Burundi entre dans une période abominable de guerre civile. L’armée ne prendra pas le pouvoir.
L’intérim sera exercé par Sylvie Kinigi qui était première ministre du gouvernement burundais. Le FRODEBU vainqueur des élections, désignera Cyprien Ntaryamira pour succéder à Ndadaye, début février 1994. Deux mois après, il meurt dans un attentat contre l’avion du président Juvénal Habyarimana. Le parti au pouvoir au Burundi choisira Sylvestre Ntibantunganya, membre également du FRODEBU, pour occuper le fauteuil présidentiel. Celui-ci restera au pouvoir pendant deux ans (1994-1996).
Sous son règne, c’est le chaos avec la loi du talion à l’honneur en l’absence d’un Etat de droit. Pierre Buyoya reprend le pouvoir. Il tente de rétablir la sécurité. Malgré son ouverture politique, et ses initiatives pour retisser la cohésion sociale, il se heurte à la résistance d’une rébellion hutu.

Le Conseil National pour la Défense de la Démocratie-Forces de Défense de la Démocratie (CNDD-FDD) créé officiellement en 1994 avait commencé la lutte armée. Il faudra attendre le mois d’août 2000 avec les négociations d’Arusha pour que Pierre Buyoya remette encore une fois le pouvoir aux mains des Hutu. Domitien Ndayizeye devient président de transition.
Pierre Buyoya a été considéré par l’intelligentsia Tutsi burundaise comme un traitre pour avoir remis le pouvoir aux mains des Hutu deux fois.

A sa mort, il venait de démissionner au poste d’Envoyé spécial de l’Union Africaine au Mali. Il voulait « défendre son honneur » suite au procès où il n’a pas eu l’opportunité de se défendre. Sur l’échiquier international c’était un homme de Paix mais dans son pays, il a été incompris et haï par toutes les parties.
Gérard Rugambwa



































































