Au cœur du paysage méridional de l’Afrique, la province de Cabo Delgado, au Mozambique, est en proie à un conflit depuis 2017. Les insurgés, principalement des militants islamistes, ont mené une campagne brutale, laissant la dévastation dans leur sillage. Ils ont exercé une pression immense sur les forces locales et internationales. Pourtant, au milieu de cette tourmente, une histoire de solidarité inattendue et de connexion historique émerge. Elle s’étend sur des décennies et parle de l’essence de l’unité africaine.
Le monde a remarqué pour la première fois l’implication du Rwanda au Mozambique en 2021, lorsque les troupes rwandaises sont arrivées à Cabo Delgado pour aider à réprimer l’insurrection. Pour beaucoup, il s’agissait d’un développement surprenant mais réconfortant. Il s’agissait d’un témoignage vivant de l’idée de ” solutions africaines aux problèmes africains”, un concept qui envisage que les nations africaines s’unissent pour relever leurs défis communs.

Le déploiement de personnel militaire par le Rwanda est un pas audacieux dans la bonne direction. Il reflète l’engagement du pays en faveur de la stabilité et de la sécurité régionales.
Mais ce n’était pas la première fois que des personnes d’origine rwandaise s’aventuraient au Mozambique pour aider leurs frères et sœurs. Pour vraiment apprécier la profondeur de ce lien, il faut se plonger dans l’histoire, et plus précisément dans la période du milieu des années 1970.
En 1976, alors que le Mozambique venait d’accéder à l’indépendance et était plongé dans ses propres conflits internes, un jeune Rwandais du nom de Fred Gisa Rwigyema se faisait un nom loin de son pays d’origine. Ce dernier, qui deviendra plus tard une figure importante de la lutte de libération du Rwanda, s’était rendu au Mozambique non pas en tant que soldat de sa propre nation, mais en tant que membre du Front pour le salut national (FRONASA), un groupe rebelle ougandais.

FRONASA, dirigé par Yoweri Museveni, recherchait une formation et un soutien pour lutter contre les régimes oppressifs en Ouganda. Le gouvernement mozambicain, dirigé par Samora Machel, leur a fourni la formation nécessaire dans la région de Montepuez, à Cabo Delgado. Rwigyema, ainsi que d’autres combattants, a suivi un entraînement rigoureux qui a façonné son avenir en tant que chef militaire. Cette formation au Mozambique ne visait pas seulement à acquérir des compétences en matière de combat, mais aussi à forger des liens de camaraderie et de solidarité entre les mouvements de libération africains.
L’engagement de Rwigyema au Mozambique s’inscrivait dans le cadre d’une lutte plus large pour la justice et la liberté sur tout le continent. Après sa formation au Mozambique, il a joué un rôle important dans l’Armée de résistance nationale (NRA) de l’Ouganda et, plus tard, dans le Front patriotique rwandais (FPR).
Le lien entre le Rwanda et le Mozambique est donc plus profond qu’une alliance militaire contemporaine. Il est enraciné dans une histoire commune de lutte et de solidarité. Lorsque le Rwanda a envoyé des troupes à Cabo Delgado en 2021, il ne s’agissait pas seulement d’une question de stratégie militaire, mais aussi de la poursuite d’un engagement historique visant à aider les autres Africains en cas de besoin.

Les efforts actuels du Rwanda au Mozambique témoignent de ce lien durable. Le déploiement de troupes rwandaises supplémentaires en 2024, alors que d’autres pays de la SADC se sont retirés, souligne cet engagement.
Alors que le monde évolue rapidement et que l’Afrique s’efforce de construire un continent plus intégré et plus sûr, les principes d’unité et de soutien mutuel restent primordiaux. Les actions du Rwanda reflètent une vision plus large de la solidarité et de l’autonomie africaines, faisant écho à la sagesse des dirigeants et des mouvements du passé.
L’engagement du Rwanda au Mozambique est plus qu’une simple réponse aux crises actuelles. C’est le reflet d’une tradition profondément ancrée qui veut que les nations africaines se soutiennent mutuellement face aux défis. Alors que nous nous tournons vers l’avenir, il sera essentiel d’adopter cet esprit de coopération et d’assistance mutuelle pour créer une Afrique plus sûre et plus prospère. Unie, l’Afrique peut forger un nouveau récit, celui de la paix, du progrès et de la communauté de destin.
Joseph Ntwaza




































































