Paul Mbaraga, actuel directeur de la radio Salus, témoigne comment le génocide perpétré contre les Tutsi avait été bien planifié avant 1994. La conscience collective était d’humilier les Tutsi.
Le système politique d’avant le génocide prouvait que toute la propagande avait comme objectif d’humilier une partie de la population, des Tutsi. Le but étant de les exterminer après leur déshumanisation. Paul Mbaraga cite des chansons prônant la haine envers les Tutsi.
Cet académicien, et actuel directeur de la radio universitaire Salus, a fait savoir que selon ce qu’il a vécu chez eux à Rubavu, sa ville natale, toute la véhiculation du message de haine commençait dans les familles. C’est une déshumanisation qui était une réalité même dans les établissements scolaires.
“En 1968, je suis allé à l’école secondaire de Nyamasheke, là j’y ai trouvé une haine considérable contre les Tutsi. Il y avait des chansons comme ‘Biraba,’ pour signifier que les Hutu vont égorger les Tutsi,” a- t-il précisé.
“Ces chansons promouvaient une conscience collective. Pour que mes propos soient bien compris, je vous dirais que je suis réputé d’être Hutu. Ces chansons alors mettaient dans la population Hutu une conscience collective d’humilier les Tutsi,” a poursuivi Paul Mbaraga.
Dans son témoignage, à l’occasion du Colloque international sur le génocide, Paul Mbaraga décrit une situation vécue.
Même s’il n’était pas parmi la population que visaient les tueurs à cette époque, il a été persécuté pour n’avoir pas adhéré à la conscience collective de déshumaniser les Tutsi.
Comme preuve de la propagande qui a bien commencé avant 1994, Paul Mbaraga précise également que les Hutu qui ne haïssaient pas les Tutsi, leurs noms y compris les leurs figuraient sur des listes.
“En 1971,1972,1973 quand est arrivé le moment d’afficher des listes pour ceux qui doivent quitter les établissements scolaires, les lieux de profession, moi j’étais où se trouve actuellement l’école du journalisme. A l’époque c’était l’institut pédagogique national. Sur la liste, j’étais numéro 1, voilà pourquoi j’ai précisé que je suis réputé d’être Hutu et je n’aurai pas pu être sur cette liste car ce sont les Tutsi qui étaient visés, mon péché c’est que j’avais une bonne relation avec les Tutsi de notre ville..” témoigne Mbaraga.
Il cherche à montrer la situation prévalant à l’époque. Selon lui, les autorités à cette époque étaient conscientes qu’elles détenaient le pouvoir tout simplement pour être nées Hutu.
“A ce moment là, l’atmosphère qui régnait c’est que même les dirigeants au pouvoir, ceux qui s’appelaient ’Nyamwinshi’ donc la majorité, avaient conscience d’être au pouvoir parce qu’ils étaient Hutu,” insiste Paul Mbaraga. Ce n’était pas parce qu’ils avaient l’intelligence de la gouvernance d’un état moderne.
Paul Mbaraga est actuellement responsable de la Radio universitaire Salus, il enseigne à l’Ecole de Journalisme de l’université du Rwanda.
Florent Ndutiye




































































