C’était un spectacle affligeant, mais terriblement révélateur. Hier soir 12 septembre, sur le plateau de France 24, le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, a offert une masterclass en inversion accusatoire. Interrogé sur la crise à Uvira, où le déploiement du général Olivier Gasita est violemment contesté, Muyaya a balayé la question d’un revers de main : tout cela ne serait qu’un produit de la “machine propagandiste du Rwanda”. Une affirmation sidérante, laissée sans la moindre contradiction par une journaliste qui, une fois de plus, a soigneusement évité de nommer le mal qui ronge le Kivu : la haine ethnique.
La réalité, pourtant, est brutale et sans fard. Le général Gasita, un officier tutsi congolais de la communauté Banyamulenge, a été muté pour occuper le poste de commandant adjoint des opérations dans la 33ème zone militaire. Son arrivée a été accueillie par une levée de boucliers des milices Wazalendo. La raison ? Elle n’a jamais été cachée. Dans des vidéos qui pullulent sur les réseaux sociaux, ces miliciens le clament haut et fort : ils ne veulent pas d’un “Tutsi rwandais” à Uvira. La chasse à l’homme contre le général Gasita n’est que le symptôme d’une campagne de persécution plus large menée contre les Banyamulenge, qualifiés d’étrangers à chasser du territoire congolais. Cette haine, fondée sur des critères de faciès, n’est d’ailleurs pas un phénomène isolé : dans l’est de la RDC, d’autres populations, comme les Masaï du Kenya, ont également été la cible de violences et de discours similaires.

Et qui sont ces “patriotes” Wazalendo que le gouvernement de Kinshasa instrumentalise ? Une coalition de groupes armés dont plusieurs dirigeants figurent sur les listes de sanctions des Nations Unies, des Etats-Unis et de l’Union Européenne pour des violations graves des droits de l’homme, incluant des massacres et des violences sexuelles. Voilà les alliés du gouvernement congolais, dont le porte-parole vient nous expliquer que leurs crimes à caractère ethnique sont une fiction rwandaise.
L’intervention de Patrick Muyaya n’est pas une simple gaffe. C’est une stratégie délibérée. En refusant de condamner le tribalisme et en le qualifiant de simple produit de la machine propagandiste du Rwanda, le gouvernement congolais fait d’une pierre deux coups. Il détourne l’attention de son incapacité à contrôler son propre territoire et ses supplétifs Wazalendo et, plus grave encore, il légitime la violence de ces derniers. Le message envoyé est clair : persécuter un citoyen congolais en raison de son appartenance à la communauté tutsi n’est pas un crime haineux, mais un acte patriotique. Ceci constitue l’abandon pur et simple du devoir fondamental d’un Etat : protéger tous ses citoyens.

La faillite de France 24 n’a pas commencé avec l’interview de Patrick Muyaya ; elle n’en fut que le point culminant. Depuis le début de cette crise, d’autres chaînes, comme le Journal Télévisé de TV5 Monde, ont également soigneusement évité de rapporter la vraie nature des manifestations contre le général Gasita : une campagne de haine menée par les Wazalendo, qui le rejettent au motif qu’il est un Tutsi, qualifié de “Rwandais” indésirable à Uvira.
L’interview d’hier soir a poussé cette cécité volontaire à son paroxysme. En laissant Muyaya dérouler son narratif sans poser la moindre question critique, la journaliste s’est faite la complice passive de cette désinformation. Pas un mot sur les vidéos des Wazalendo, pas une interrogation sur le caractère ouvertement ethnique des revendications, pas un rappel sur le passif criminel de ces milices. France 24 et Le Journal Afrique TV5Monde, en persistant à cacher cette réalité évidente, n’informent plus : elles deviennent des caisses de résonance pour une propagande qui couvre des crimes et attise la haine. Pendant que l’on débat de sémantique à Paris, la violence contre les Banyamulenge se banalise sur les hauts plateaux du Sud-Kivu, avec la bénédiction de Kinshasa et le silence complaisant de certains médias internationaux.
Gapyisi Jacques




































































