Le projet de paiement sans cash pour les motos n’a pas fait long feu. Les transactions se font à l’amiable six mois après. Les compteurs électroniques sont inutilisés. Ils sont gardés soigneusement ou servent à d’autres fins.
Lancé le premier juin 2020, le projet de payement sans cash sur les motos semble aujourd’hui au point mort. Et les passagers et les conducteurs des motos préfèrent le payement en argent liquide.
« Je préfère le cash car je peux rentrer chaque jour avec de l’argent. Avec le paiement sans cash, il faut attendre le jour suivant, » me confie un conducteur de moto rencontré à la gare routière « Downtown ».
« Les compteurs pour le paiement sans cash de Tape & Go sont en réalité des téléphones portables de Mara phone. Les conducteurs des motos les utilisent pour leur communication, » me révèle un conducteur de moto de Nyamirambo.
« Avec le compteur digital, le coût du transport sur moto est plus élevé que lorsque l’on négocie avec le conducteur de moto, » répètent la plupart des emprunteurs de ce moyen de déplacement apprécié pour son efficacité à Kigali. « Je l’ai testé au début. Pour une course de 500 frws Kanombe-Remera, l’on paye avec la machine électronique 800 ou 1000 frws, » affirme une jeune fille qui prend régulièrement une moto pour arriver à l’heure à son lieu de service.

Bref, les passagers et les conducteurs des motos négocient comme avant la machine électronique. Le paiement se fait dans les mains ou parfois par la voie téléphonique du paiement sans cash.
L’Autorité Rwandaise de Régulation de certains services d’utilité Publique (RURA) laisse faire en attendant car les investisseurs n’ont pas respecté leur engagement.
Insuffisance et dysfonctionnement des machines électroniques
Au départ, l’entreprise YEGO s’était engagée depuis 2017 pour introduire le compteur électronique dans son projet pilote de 600 compteurs. Beaucoup ont disparu. Il a fallu commander des compteurs avec GPS. Par après deux autres entreprises ont vu dans ce business « une mine d’or » exploitée presque à ciel ouvert. Elles se sont engagées. Tape & Go et Pascal Technology.
Quand le projet est lancé à Kigali, chaque investisseur s’engage à distribuer un certain nombre de compteurs électroniques. YEGO 5000, Tape & Go 15.000 et Pascal Technology 18.000. En tout, 38.000 compteurs sur 26.000 nécessaires-une estimation- pour couvrir toute la Ville de Kigali. Cependant certains engagements ne seront pas respectés. RURA se décide de temporiser.

« Nous avons constaté après le lancement du projet que les compteurs ne suffisaient pas pour la capitale, première étape du projet. Nous avons pris la décision d’attendre que toutes les motos enregistrées soient servies, » montre Tony Kulamba de RURA.
Du côté de YEGO, Aline Uwamahoro, chargée de la Stratégie de gestion et partenariat, reconnait qu’ils ont distribué 4700 machines sur 5000. Le reste étant gardé dans le stock pour remplacer celles qui pourraient disparaitre malgré leur précaution de les équiper de GPS.
Pascal Technology a distribué 10.000 compteurs-téléphones sur 18.000. Cette entreprise n’est pas prête à poursuivre la distribution de ces compteurs électroniques.
« On n’a pas de gains. Si vous étiez à notre place, pourriez-vous vous enfoncez davantage dans le déficit ? » me demande cette source impliquée dans la gestion. « Les compteurs déjà distribués ne sont pas utilisés, » ajoute-t-elle « Et puis, il ne faut pas considérer les compteurs seulement. Il y a l’internet, l’opération, le logiciel, qui va payer tout cela ? Y a-t-il des revenus pour couvrir toutes ces dépenses ? Il n’y en a pas ! Faut-il continuer à investir ? Il faut du discernement, » dit notre source interne dans cette compagnie.
Du côté de Tape & Go c’est la nervosité à notre demande d’entretien. Malik Shaffi Lizinde, finit par me faire une promesse d’un entretien après une heure. Depuis lors, toute tentative de le contacter sera sans succès.
Ce dernier investisseur a distribué aux conducteurs des motos des téléphones portables vendus par Mara phone. Les « motards » exploitent ces téléphones « Smartphones » dans leurs communications WhatsApp, sur certains de leurs parcours, ils manquent de réseau et parfois changent de carte pour les communications, « Simcard », à leur désir.

YEGO voudrait bien commander d’autres compteurs en Chine si l’autorité compétente leur accorde le marché, même si le premier lot de machines n’a pas encore commencé à rapporter.
Tous les compteurs et téléphones ont été distribués à crédit. A chaque course, 10,5% de l’argent gagné par le conducteur de moto devait revenir à l’investisseur. Les compteurs devaient être renouvelés une fois les deux ans. Les trois investisseurs ne savent pas encore comment sortir du déficit car les compteurs ne sont pas utilisés.
RURA promet que dès que les compteurs seront suffisants dans le pays, la mise en œuvre du projet actuellement dans l’impasse, se poursuivra.
Le compteur-téléphone serait en partie à l’origine de cet échec de parcours. D’autres parts, les tarifs de transport sont fixés par RURA. Pour les deux premiers kilomètres, le coût est resté à 300 frws. Néanmoins pour le conducteur de moto, le prix a été réduit car il y a un certain pourcentage retenu à la source chaque fois que le compteur fonctionne. Pour le passager, au-delà des deux premiers kilomètres, le montant à payer s’élève de façon significative. Les deux préfèrent mettre de côté le compteur pour négocier. Ainsi chacun y trouve son compte.
Gérard Rugambwa




































































