Félicien Kabuga, considéré comme le grand financier du génocide perpétré contre les Tutsi de 1994, est décédé ce samedi 16 mai à La Haye, aux Pays-Bas, sans être jugé pour ses crimes de génocide et les crimes contre l’humanité.
La mort de Félicien Kabuga a été annoncée le 16 mai 2026 par le Mécanisme international appelé à exercer les fonctions résiduelles des Tribunaux pénaux (MTPI).
L’Association des rescapés de génocide contre les Tutsi, IBUKA, est frustrée par la mort de Félicien Kabuga avant son jugement.
Félicien Kabuga a été officiellement mis en accusation et inculpé par les procureurs internationaux pour six chefs d’accusation distincts liés à son rôle de principal bailleur de fonds du génocide de 1994 contre les Tutsi au Rwanda.
Crimes de génocide
Félicien Kabuga a été accusé de crime de génocide pour avoir planifié, incité et encouragé le massacre de masse des Tutsi ; d’incitation directe et publique à commettre un génocide pour avoir fondé, financé et dirigé la Radio-télévision Libre des Mille Collines (RTLM), qui diffusait des discours haineux, indiquait les emplacements physiques des Tutsi et ordonnait explicitement aux auditeurs de les prendre pour cible et de les assassiner ; complot en vue de commettre un génocide pour avoir coordonné avec des responsables du gouvernement intérimaire, des dirigeants extrémistes et des entités commerciales l’organisation d’une campagne systématique visant à détruire le groupe ethnique tutsi.
Accusation de Crimes contre l’humanité
L’accusation a fondé son dossier sur trois piliers centraux de complicité : le financement des escadrons de la mort, l’armement des milices et le Commandement des ”Interahamwe de Kabuga.”
Concernant le financement des escadrons de la mort, Félicien Kabuga a occupé le poste de président du Fonds de défense nationale (FDN), utilisant son immense fortune personnelle pour acheter des uniformes, des provisions et des armes destinées aux milices extrémistes hutu.
Pour l’armement des milices, on lui reproche d’avoir financé et orchestré l’importation en masse de dizaines de milliers de machettes et d’outils agricoles, qui ont été distribués directement à la milice des Interahamwe pour mener des massacres.
Quant au commandement des ”Interahamwe de Kabuga”, l’acte d’accusation alléguait notamment qu’il avait personnellement créé et financé une branche lourdement armée de la milice dans le secteur de Kimironko à Kigali. Ce groupe spécifique a mis en place des barrages routiers meurtriers et a perpétré des massacres coordonnés dans des lieux de refuge locaux.
Un mandat d’arrêt à l’encontre de Kabuga avait été délivré par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) le 29 avril 2013. Il a été arrêté le 16 mai 2020 en France et transféré à la section de La Haye du Mécanisme le 26 octobre 2020. Son procès a débuté le 29 septembre 2022.
Le 8 septembre 2023, à la suite de la décision de la Chambre d’appel du 7 août 2023, la Chambre de première instance a rendu une décision suspendant la procédure pour une durée indéterminée, Kabuga ayant été jugé inapte à subir son procès, et ordonnant qu’il reste en détention, dans l’attente d’une décision concernant sa mise en liberté provisoire.
Au moment de son décès, M. Kabuga attendait sa mise en liberté provisoire vers un Etat disposé à l’accueillir sur son territoire.
Gérard Rugambwa




































































