La cour d’assises de Paris a rendu son verdict dans le procès d’Eugène Rwamucyo pour crimes de génocide commis contre les Tutsi au Rwanda. C’est en vertu de la compétence universelle de cette juridiction. Ses avocats ont annoncé leur intention de faire appel.
Eugène Rwamucyo, âgé de 65 ans, a été condamné, mercredi 30 octobre, par la cour d’assises de Paris à vingt-sept ans de réclusion criminelle, notamment pour complicité de génocide et complicité de crimes contre l’humanité.
Il comparaissait en vertu de la compétence universelle, un principe qui permet depuis 2010 à la France de juger les auteurs de crimes graves quel que soit le lieu où ils ont été commis.
Le ministère public avait requis une peine de trente ans de réclusion criminelle, notamment pour génocide, afin qu’Eugène Rwamucyo n’échappe pas à ses responsabilités.
Il était reproché à l’ancien médecin-enseignant à l’université de Butare d’avoir soutenu et relayé les mots d’ordre des autorités génocidaires, incitant la population à s’en prendre à la minorité tutsi. C’est notamment lors d’un discours le 14 mai 1994, en présence de Jean Kambanda, Premier ministre du gouvernement auto proclamé sous le nom d’’’Abatabazi’’.

Eugène Rwamucyo était aussi accusé d’avoir participé à l’enfouissement de victimes dans des fosses communes dans un ultime effort pour supprimer les preuves de génocide.
”Une vérité judiciaire a été prononcée’’, a pour sa part déclaré Alain Gauthier, président du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), une association à l’origine de la plainte déposée contre l’accusé en 2007. ” Nous en sommes satisfaits’’, a-t-il déclaré.
A la barre, plusieurs témoins, rescapés des massacres ou participants aux opérations, ont en revanche raconté que ” le Caterpillar”, l’engin de chantier réquisitionné pour déverser les cadavres dans les fosses, mélangeait dans sa benne les morts et les vivants.
Eugène Rwamucyo était armé d’un fusil remis par les autorités. Mais il a assuré ne s’en être jamais servi. ” C’était pour asseoir son autorité’’, a assuré Julie Pétré, avocate générale, avant de requérir trente ans de réclusion criminelle à son encontre.

” La simple présence d’Eugène Rwamucyo sur les lieux de massacres était perçue par les tueurs comme une autorisation à tuer, une caution morale’’, a affirmé l’avocate générale Julie Pétré.
Le tribunal a estimé qu’Eugène Rwamucyo n’était pas un acteur du génocide dans le sens où il n’a pas ordonné de tuer des rescapés. Mais en le condamnant lourdement, la cour d’assises a considéré sa participation à l’enfouissement de cadavres comme un acte génocidaire.
” Le traitement des corps s’inscrit dans la continuité logique du génocide car le propre des crimes de masses est de déshumaniser l’autre, le sortir de la communauté des hommes’’, avait plaidé Sarah Scialom, avocate de treize des 750 parties civiles présentes dans le dossier.
A l’énoncé du verdict, Eugène Rwamucyo s’est retourné vers sa famille et ses proches réunis dans la salle avant d’être conduit en détention.
” C’est un verdict qui n’est pas acceptable pour Eugène Rwamucyo, qui n’est pas digne du procès historique qu’il aurait dû être’’, a réagi son avocat, Philippe Meilhac, qui a annoncé son intention de faire appel du verdict.
Vital Ndayambaje




































































