par Marie Ntabugi
Ce week-end, nous avons fêté la Journée Mondiale de la Bicyclette, instituée par les Nations-Unies le 03 juin 2018. L’occasion de rappeler la place prépondérante qu’occupe le vélo dans la vie quotidienne des Rwandais, pour lesquels la” petite reine” est non seulement une passion, mais aussi un outil de travail.
Le Rwanda, eldorado des cyclistes
Le Rwanda a été choisi par l’Union Cycliste Internationale (UCI) pour accueillir, en 2025, l’événement le plus important du cyclisme international: les Championnats du monde de cyclisme institués en 1927.
En un siècle d’existence, ce sera la première fois que la prestigieuse compétition se déroulera sur le continent africain. Moins de vingt ans après la création de la première équipe de cyclisme professionnelle rwandaise (Team Rwanda, 2006), le pays des mille collines confirme ainsi sa place dans le paysage du cyclisme international.
Le choix du pays hôte ne doit rien au hasard. En vingt ans, le Rwanda est devenu un véritable paradis pour les amoureux de la petite reine.
Cela tient tout d’abord à des facteurs climatiques et topographiques. Vallonné sur tout son territoire, le pays des mille collines est perché à plus de 1000 mètres, ce qui garantit un climat agréable toute l’année. Il y a aussi le réseau routier développé, fait de voies urbaines et nationales parfaitement asphaltées.

Citons également une sécurité à toute épreuve, ainsi qu’une expertise dans l’organisation de grands événements sportifs, comme l’a encore démontré récemment l’organisation des finales de la Ligue africaine de basketball (Basket Africa Ligue, BAL).
Entre les Rwandais et le cyclisme, une vieille relation
Si la professionnalisation du cyclisme au Rwanda n’a pas vingt ans, la passion des Rwandais pour la bicyclette est bien plus ancienne.
Introduite dans le pays durant la colonisation, la petite reine représentait alors, au même titre que la maison en dur, la radio ou la lampe à incandescence, un signe distinctif de ceux que les colons appelaient” les évolués”. Ce sont les prêtres, les instituteurs, les clercs de l’Etat colonial, ou encore les petits entrepreneurs.
Ma mère m’a raconté que, dans les années 50-60, les institutrices de sa région d’origine – Butare, actuel district de Huye – n’hésitaient pas à enfourcher le vélo pour se rendre au travail.
Et, dans le Bugesera, il n’était pas rare qu’une bicyclette soit incluse dans les ”amajyambere”, cet ensemble d’objets hétéroclites et pratiques dont les familles rwandaises dotent les jeunes filles qui vont se marier, afin qu’elles abordent, dans les meilleures conditions, leur nouvelle vie.

Après l’agrandissement du parc des motos et des voitures dans les années 80, le prix de” la petite reine” s’est peu à peu démocratisé, et le parc des vélos s’est agrandi.
L’avénement des” pédaleurs”
Le nombre de vélos a explosé après 1994, avec l’augmentation du pouvoir d’achat. Aujourd’hui, on estime à 20% le nombre de Rwandais utilisant la bicyclette pour se déplacer.
Pour la plupart des propriétaires de vélos, celui-ci est d’abord un outil de travail. Sur la voie publique, Abanyonzi – ceux qui pédalent – attirent moins le regard que les taxis-motos. Mais on les croise souvent dans les quartiers, pédalant sur des vélos aux portes bagages bariolés.
Moins connu que le taxi-moto, le taxi-vélo constitue un maillon indispensable au transport des biens et des personnes. Les” pédaleurs” opèrent dans les villes et dans les campagnes.
Dans les contrées reculées, le vélo est parfois le seul moyen de transport disponible à des kilomètres à la ronde. Il se charge des personnes, des denrées alimentaires, du courrier et de colis divers qu’il achemine jusqu’aux bus stationnés sur les routes nationales.
Dans les zones urbaines, le taxis-vélo se cantonne aux quartiers non desservis par les bus, où son seul concurrent est le taxi-moto et le taxi-voiture, nettement plus onéreux.

Cyclistes versus compétiteurs
Mais quel lien entre un cyclisme en voie de professionnalisation, et des” pédaleurs” qui gagnent leur vie à la dure?
Lors d’une interview accordée en 2021 au journal sportif français” L’équipe”, le président de la République, Paul Kagame, a résumé la situation en une phrase. Alors qu’il évoquait les circonstances de la naissance du cyclisme professionnel dans les cendres de l’après génocide des Tutsi de 1994, il a dit:” Nous avions des cyclistes, mais il a fallu qu’ils apprennent à devenir des compétiteurs”.
Nous avons, d’un côté, l’amour du vélo et son ancrage dans l’histoire du pays et le quotidien des Rwandais. De l’autre, un sport populaire et accessible. Entre les deux, une volonté politique de faire du cyclisme un trait d’union entre les Rwandais, un facteur d’éducation de la jeunesse et un vecteur de développement pour le pays.
C’est dans le vivier des ”pédaleurs” que l’Africa Rising Cycle Center, centre de formation pour les jeunes cyclistes, fondé en 2014 par la Fédération Rwandaise de Cyclisme, pourrait dénicher les compétiteurs des prochains Mondiaux de cyclisme.
Et ce sont ces mêmes” pédaleurs” qui seront, dans deux ans, les spectateurs et les vecteurs du spectacle que ne manquera pas d’être la compétition la plus prestigieuse du cyclisme, organisée sur leur propre sol.




































































