Gloria Kamanzi Uwizera (K.U.) s’est lancée dans le business avec 100 dollars. 18 ans après, son chiffre d’affaires oscille entre 100 et 200 millions. Elle est Fondatrice-directrice générale de Glo creations Ltd., directrice trésorière du Haut Conseil des affaires pour la Communauté Economique des Etats d’Afrique Centrale (CEEAC) et présidente du programme d’entrepreneuriat des femmes africaines-AWEP/section Rwanda. Elle relate son parcours…
Le Canapé: voulez-vous vous présenter en tant qu ’entrepreneure?
Gloria K.U.: Je suis entrepreneure créative. C’est plus dans le secteur créatif. Nous sommes une compagnie spécialisée dans tout ce qui concerne l’impression sur textile. Nous travaillons avec différents types de clients. Ça fait plus de 18 ans que je suis dans le métier.
Le Canapé: D’où est venue l’inspiration?
Gloria K.U.: Ce business a commencé d’une façon inattendue. Je poursuivais mes études au Sénégal. Juste après avoir terminé l’enseignement secondaire, je me suis rendue à Dakar pour poursuivre mes études. Quelques années après, une de mes tantes me dit, Gloria ça ne te dirait pas de te mettre dans tout ce qui va avec la teinture sur textile? Et je me souviens, je lui ai dit, ça peut attendre, je verrai.
Un jour, quand je marchais, je croise un ami Ivoirien. Il portait un tee-shirt qui était bien imprimé. Il y avait une main et le doigt pointu qui disait ” God is the way” (Dieu est le chemin). Et cela a attiré mon attention. Je me suis rappelée du message de ma tante. C’est ainsi que j’ai lui demandé de me connecter avec la personne qui pourrait m’apprendre la teinture sur textile. Elle nous a mis en contact.
Quelques jours après, l’individu m’a invitée voir comment se faisait le travail. J’ai constaté que ce n’était pas facile. Il m’a encouragée en me disant qu’avec le temps ça pouvait aller. Je me suis dit pourquoi pas. Je me suis lancée. Il m’a prêté les instruments pour m’en servir. Je n’avais pas les moyens pour m’en procurer. J’étais étudiante à cette époque-là. J’ai pu faire mes premières créations.
Le Canapé: Et vous avez trouvé des clients?
Gloria K.U.: J’ai commencé à vendre les Tee shirts à l’Eglise, chaque dimanche. Juste à la porte, j’étais tout près de la personne qui vendait les livres et d’autres articles bibliques. Les gens appréciaient, achetaient, donnaient des commandes et j’amenais les tee shirts commandés le dimanche prochain. J’ai découvert que j’avais un talent qui était caché. J’ai constaté que c’est un travail qui me donne l’indépendance qu’il faut, me permettant de bien gagner ma vie. Je commençais à faire de petits revenus.
J’avais les encouragements de beaucoup de gens surtout de l’Eglise que je fréquentais. Ils m’ont vraiment beaucoup soutenue. A un certain moment, il n’était plus nécessaire que je reçoive les commandes à l’Eglise. Les gens me contactaient par téléphone. C’est comme ça que j’ en ai fait une profession.
C’est ainsi que j’ai décidé de m’y mettre à fond avant de rentrer au Rwanda pour essayer. Au début, les gens appréciaient mais ils étaient réticents quand il s’agissait d’acheter. Les prix étaient un petit peu élevés. C’est comme cela que mon aventure a commencé. J’ai continué à travailler sur différentes spécialités. J’ai vu que j’avais de l’avenir avec cela.
Le Canapé: Un parcours de 18 ans c’est beaucoup. Vous avez sans doute connu des réussites et peut-être des échecs?
Gloria K.U: Beaucoup d’échecs (rire).
Le Canapé: Pouvez-vous en parler?
Gloria K.U: J’ai pas honte de parler d’échecs parce que c’est des échecs que l’on apprend. C’est des échecs qu’on se découvre. C’est des échecs qu’on découvre ce qu’on ne savait pas. J’ai découvert que je possédais une énergie quelconque pour communiquer un tel message.
Pour moi, il y a eu beaucoup de défis. Quand je suis rentrée, j’avais la pression de la famille. Elle voulait voir un résultat direct. On veut voir de grandes sommes d’argent. Ce n’était pas le cas. Et puis je rentrais d’un pays j’ai où pas passé un certain nombre d’années. C’est- à -dire qu’il y a eu un grand changement de culture.
Les mentalités d’ici, je les avais un peu perdues. J’amène une mentalité qui semble être étrangère. A chaque fois quand je m’exprime, quand j’explique ce que je fais, la compréhension ne vient pas tout de suite. Ca prenait du temps. Ca m’a appris à persévérer car même le travail que je fais, c’est un travail exigeant la patience.
Une chose qui m’a aidée, j’avais la passion. Sinon je ne pouvais pas tenir. La passion était plus forte que tout. On me parlait, on me proposait d’autres types de travail. Je refusais. J’étais vraiment engagée à mon travail. J’étais à fond, j’étais déterminée. La passion m’a poussée à travailler sur ma détermination, sur ma persévérance, ma persistance et aussi être objective. J’étais aussi très focus. Je n’oublierais pas des hauts et des bas auxquels j’ai dû faire face surtout aux découragements.
” Ah tu as l’air jeune, personne ne peut te croire”. C’était le premier. J’étais vraiment jeune mais je m’en fichais. “Tes prix sont chers, personne ne t’achetera.” Je me suis dit, ceux qui acheterons ce sont ceux qui connaissent la valeur de ce produit. J’ai eu à faire à d’autres défis… La compétition, peut-être elle n’est pas assez importante…
Quand j’ai été invitée aux Etats-unis pour un programme, à mon retour quand les gens ont appris que j’ai été interviewée sur CNN, ça a changé tout.
” Ah! Le travail de Gloria a de la valeur!”, disaient certains. Moi-même je savais que les étrangers connaissaient la valeur de ce que je fais. Alors au juste ça m’a donné la motivation de continuer et de ne pas m’arrêter.
Et ce qui m’a encore aidée, quand j’étais aux Etats unis, j’ai pu apprendre de bonnes pratiques qui m’ont conduit à ne pas accepter d’être sous-estimée du fait que je fais un travail qui n’est pas connu. On m’a aidée à savoir comment me positionner, à savoir comment diversifier mes produits. Je ne me suis pas arrêtée aux habits. Il a fallu que j’introduise un autre type de produit dont les gens ont besoin de jour en jour. C’était même face à une crise financière à laquelle les gens faisaient face.
A suivre…
Propos recueillis par Gérard Rugambwa


































































