L’Ambassadeur de France au Rwanda, Antoine Anfré, révèle la volonté du système judiciaire de son pays de se rattraper dans le jugement des présumés génocidaires. Cette nouvelle a été rendue publique pendant la conversation avec les diplomates à Kigali ce 11 avril dans le cadre d’une réflexion sur le génocide contre les Tutsi de 1994.
Dans le cadre de la commémoration du génocide contre les Tutsi de 1994, le ministère de l’Unité et de l’engagement civique a organisé une conversation avec les Diplomates pour réfléchir sur l’innommable.
Au cours de ce dialogue sans passions de part et d’autres, l’Ambassadeur de la République française accrédité à Kigali, Antoine Anfré, a dévoilé la décision du système judiciaire de son pays de se rattraper dans le jugement des présumés génocidaires.

« On aura un procès tous les six mois, » déclare Antoine Anfré, « Au mois de mai, le jugement de Laurent Bicyibaruta, ex préfet de Gikongoro sera lancé, » indique-t-il.
L’ouverture de ce procès est prévue dans un mois. C’est après celui de Claude Muhayimana, ancien chauffeur à Kibuye. Il a écopé de 14 ans d’emprisonnement. Il a été jugé coupable de complicité de génocide. Une trentaine de dossiers se trouvent dans les mains du système judiciaire français.
Dr Jean Damascène Bizimana, ministre de l’Unité et de l’engagement civique, au cours de son intervention préliminaire, a montré la persistance de l’impunité comme un des défis auxquels le monde fait encore face 28 ans après le génocide contre les Tutsi.

Selon Matthijs Wolters, Ambassadeur des Pays Bas au Rwanda, pour les crimes internationaux graves, chaque pays a l’obligation de juger les présumés coupables se trouvant sur son territoire.
« Autour de 11.000 seraient encore en liberté çà et là dans le monde, » reconnait-il. « Il y a des obstacles parfois réels, » montre-t-il pourquoi les procès n’avancent pas vite. « Pour l’holocauste des juifs, les derniers jugements sont encore en cours, » explique-t-il combien les procédures sont également longues dans ce genre de procès.
Mais le Rwanda demande toujours à qui veut l’entendre d’extrader les présumés génocidaires pour les juger si le pays l’hébergeant ne peut pas le faire lui-même. « Les témoins oublient les faits suite à l’âge, d’autres disparaissent, » argue Dr Jean Damascène Bizimana, ministre de l’Unité et de l’engagement civique.

Les Pays Bas soutiennent le jugement sur le territoire où les forfaits ont été commis. « C’est bénéfique pour le pays et les victimes, » dit Matthijs Wolters.
Les conditions sont réunies au Rwanda pour juger les présumés génocidaires. Ce qui n’était pas le cas à la sortie du génocide perpétré contre les Tutsi de 1994. Tout le système judiciaire avait été détruit.
D’autres défis non moins importants demeurent. Il y a la qualification du génocide et le négationnisme. Pour Dr Jean Damascène Bizimana, « l’on doit agir collectivement en mettant en place des lois contre ces crimes, » demande-t-il.

La chambre de la Cour d’Appel du Tribunal Pénal International pour le Rwanda a établi en décembre 2006 que le génocide contre les Tutsi de 1994 est un fait de notoriété publique que personne ne peut le contester.
Gérard Rugambwa




































































