Par Eugene Anangwe
Après la démission surprise, le 27 avril dernier, de l’ancien commandant de la Force régionale de la Communauté de l’Afrique de l’Est (EACRF), le Général Major Jeff Nyagah, le Président William Ruto a nommé le Général Major Alphaxard Kiugu à la tête de la base de l’EACRF. Elle est située dans la capitale de la province rétive du Nord-Kivu, Goma.
Il aurait envoyé une note au secrétaire général de la Communauté de l’Afrique de l’Est, se plaignant d’une menace aggravée pour sa sécurité et d’un plan systématique pour contrecarrer les efforts de l’EACRF. Bien que ses propos aient été démentis par les forces armées kenyanes, les défis auxquels le Général Nyagah a été confronté ont été bien documentés.
Lors d’un sommet des chefs d’Etat qui s’est tenu à Bujumbura le 4 février dernier, le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, s’est écarté du protocole diplomatique pour fustiger l’ancien commandant de l’EACRF devant son commandant en chef, le président Ruto.

Levant le doigt vers lui, Tshisekedi a enjoint, par l’intermédiaire d’un interprète, le Général Nyagah de “ne pas favoriser le M23”. Sur un ton menaçant, le président congolais lui a ensuite lancé un avertissement.
“Il serait dommage que la population s’en prenne à vous. Vous êtes venu pour nous aider à résoudre un problème, pas pour en faire partie. Faites attention à cela,” l’a-t-il prévenu.
Deux jours après cet incident, des milliers de personnes ont manifesté à Goma, érigeant des barricades et brûlant des pneus, pour protester contre l’inaction perçue de la force militaire de l’Afrique de l’Est contre le M23.
Cette accusation de partialité de l’EACRF à l’égard du gouvernement de la RDC a été reprise par les Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC). Dans des commentaires adressés aux médias le 29 avril 2023, le porte-parole des FARDC, le général Sylvain Ekenge, a affirmé à tort que le général Jeff Nyagah n’avait pas produit de résultats sur le terrain, et l’a accusé d’assurer une “coexistence pacifique” avec le M23 dans les zones contrôlées par le contingent kenyan.
A ce mélange explosif s’ajoute une rhétorique ethnique dangereuse. Des audios viraux partagés sur Twitter accusent les forces de défense kenyanes de l’EACRF d’avoir été infiltrées par des “Tutsi”. Ils vont jusqu’à accuser le président Ruto lui-même d’être Tutsi!
La frustration à l’égard de l’EACRF n’est pas inattendue, surtout lorsque son mandat n’est pas pleinement compris par le Congolais moyen, que son gouvernement continue à tenir désinformé.
Le mandat de l’EACRF indique clairement, comme le Général Nyagah l’a rappelé à maintes reprises aux médias congolais, que les forces ne sont pas en RDC pour faire le travail que les FARDC étaient censées faire. Elles ont plutôt été mises en place par les dirigeants de la région pour assurer la mise en œuvre du processus de paix.
Il a fait une déclaration aux médias, quelques jours avant de démissionner, sur le retrait de M23 dans certaines zones.
“Nous avons assisté au retrait total du M23 des zones de Sake, Kilolirwe et Kitchanga, ce qui a été confirmé par l’EAC, le mécanisme de vérification ad hoc et le mécanisme de vérification conjoint élargi, qui travaillent tous indépendamment de la force régionale. Ils ont soumis ce rapport et l’ont distribué au gouvernement de la RDC et aux facilitateurs des processus de Nairobi et de Luanda,” a-t-il indiqué.
Cette déclaration n’étant pas ce que le ministre des affaires étrangères de la RDC, Christophe Lutundula, voulait entendre, il a réagi furieusement à la missive du général Nyagah, insistant sur le fait que le mandat de l’EACRF était de combattre le M23. S’exprimant sur Radio Okapi, le ministre Lutundula a qualifié les propos du Général Nyagah de “contre productives”. Selon lui, elles sont “contraires à ce qui doit être fait pour que la force régionale puisse restaurer son image”.
Telle est l’atmosphère dans laquelle se trouve le général Kiugu. D’un côté, un bloc de l’EAC (sans la RDC) qui cherche des moyens de soutenir le processus de paix mené par l’ancien président Uhuru Kenyatta et le président burundais, et de l’autre, des dirigeants congolais qui veulent une guerre totale, menée par les troupes d’Afrique de l’Est, contre le M23. Il est très peu probable que le général Kiugu fasse ce que Kinshasa souhaite, sans que le M23 ne provoque d’abord une telle réponse.




































































