Les intérêts des Rwandophones ont été en particulier ciblés ce lundi 06 février 2023 lors d’une manifestation violente contre “la Force régionale de l’EAC.” C’est après le Sommet des Chefs d’Etat de la Communauté de l’Afrique de l’Est tenu à Bujumbura samedi dernier le 04 février.
La journée de ce lundi a été violente à Goma. Des routes ont été barricadées, des boutiques pillées et des maisons détruites. L’Eglise RAMA, paroisse Horeb, dont les adeptes sont en majorité des Banyamulenge, Congolais Rwandophones, a été détruite.
Jusqu’à 19 heures, la situation était toujours confuse. Des jeunes faisaient la loi. Ils s’en prenaient aux passants et se permettaient de fouiller des véhicules à la recherche des “Rwandais”.
Cette image rappelle celle des miliciens Interahamwe pendant le génocide des Tutsi en 1994 au Rwanda. Ils agissaient en toute liberté, sous l’oeil complice des forces de l’ordre.

Lors de la visite à Kinshasa du pape François, du 31 janvier au 03 février 2023, le porte-parole du gouvernement RD Congolais, Patrick Muyaya, a surpris le monde en parlant de génocide, sans bien préciser de quel génocide il s’agirait.
” Le pape a trouvé des mots justes pour dénoncer le génocide en cours et tous ceux qui mettent leurs mains sur la RDC,” a-t-il indiqué.
C’était tout simplement une accusation en miroir de ce qui se fait par la RDC à l’encontre des Congolais Rwandophones.
Une alerte lancée par Alice Wairimu Nderitu négligée
La conseillère spéciale pour la prévention du génocide aux Nations Unies, Alice Wairimu Nderitu suite à sa visite officielle en République Démocratique du Congo (RDC) du 10 au 13 novembre 2022, a fait une déclaration, profondément alarmée par l’escalade de la violence constatée sur les lieux.

” La violence actuelle est un signe d’alerte de la fragilité de la société. C’est une preuve de la présence persistante des conditions ayant permis à la haine et à la violence à grande échelle d’éclater en un génocide dans le passé,” a-t-elle déclaré.
Dans l’Est de la RDC, la violence actuelle découle principalement de la crise des réfugiés produite lorsque de nombreux individus impliqués dans le génocide de 1994 contre les Tutsi au Rwanda, ont fui vers l’Est de la RDC (Zaire à l’époque), formant des groupes armés tels que les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR), qui sont toujours actifs dans l’Est de la RDC, a indiqué la conseillère spéciale.
Les miliciens Interahamwe, les forces armées et les hommes politiques vaincus en 1994 ont été exfiltrés avec leurs armes et leur idéologie génocidaire à l’Est de la RDC. Ils n’ont pas été désarmés. Au contraire, ils ont continué à s’équiper, à recruter et à propager leur idéologie génocidaire dans le pays d’accueil sous différents noms pour tenter de se déguiser.
En réalité, ils ne se sont jamais reconvertis, ceux ayant refusé l’offre du Rwanda de les accueillir et de les rétablir dans leurs droits de citoyen.
L’on n’a pas tiré des leçons du passé

La Fédération internationale des Droits de l’Homme, par le biais de Jean Carbonare, avait lancé une alerte sur le génocide des Tutsi, après une mission au Rwanda suite aux différents massacres dont celui des Bagogwe en 1991 et 1992 au Nord et à Bugesera à quelques kilomètres de Kigali.
” On a parlé d’affrontements ethniques, mais en réalité…c’est une politique organisée que nous avons pu vérifiée malheureusement,” avait déclaré Jean Carbonare sur France 2, une année avant le déclenchement du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994.
“On sent que derrière ça il y a un mécanisme qui se met en route. On a parlé de purification ethnique, de génocide, de crime contre l’humanité dans le pré-rapport que notre commission a établi. Et nous insistons beaucoup sur ces mots,” avait alerté le monde Jean Carbonare.
” J’ai été frappé par l’implication du pouvoir et jusqu’à quel niveau nous sommes réservés pour le moment,” avait-il dénoncé la passivité de la société de son époque.
Personne n’a accordé une grande importance à ses dires. Aucune action n’a été entreprise pour prévenir le génocide perpétré contre les Tutsi en 1994. Et le sang des Rwandais, accusés simplement d’ être nés Tutsi, fut versé pendant 100 jours.
Gérard Rugambwa




































































