Le parquet national antiterroriste français fait appel du non-lieu prononcé en faveur d’Agathe Habyarimana. Le parquet demande sa mise en examen pour entente en vue de la commission du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994.
La perspective d’un procès pour Agathe Habyarimana s’éloigne fortement, alors que cette affaire a donné lieu à un véritable bras de fer entre les juges d’instruction et le parquet national antiterroriste français.
Le jeudi 21 août, le parquet national antiterroriste (Pnat) a indiqué qu’il allait faire appel.
” Le Pnat entend relever appel de cette décision, rendue alors même qu’un recours doit être examiné’’, explique le ministère public français. Le 15 mai 2025, les juges avaient déjà rendu une ordonnance exposant leur point de vue.

Selon les associations de victimes du génocide, Agathe Habyarimana était l’une des dirigeantes de l’’’ Akazu’’, le premier cercle du pouvoir qui a orchestré le génocide contre les Tutsi en 1994. Ce qu’elle réfute catégoriquement.
Le président de l’association des rescapés du génocide Ibuka, Dr. Philibert Gakwenzire, a dit espérer que le travail de la justice française va se poursuivre.
” Le cas d’Agathe Habyarimana dans la persécution des Tutsi depuis un certain temps est très connu. Et il n’y a pas à douter de sa position dans l’Akazu dirigeant le pays. Tout est à examiner et à remettre dans son contexte. En France, il y a eu pas mal d’années de silence. S’il y a que pour l’instant des rebondissements, il faut continuer sur le même élan’’, a-t-il insisté.

” C’est une démarche judiciaire qui s’appuie sur les normes juridiques. En revanche, les historiens peuvent considérer qu’à partir des archives que la commission dite Duclert que nous avons consulté, que Agathe Habyarimana a pris une part très active à la préparation du génocide, à son déclenchement et à son paroxysme’’, a ajouté le Dr. Philbert Gakwenzire.
De son côté, Patrick Baudouin, avocat de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), partie civile, a jugé éminemment regrettable et incompréhensible l’ordonnance de non-lieu, songeant à faire appel.
Même son de cloche chez Emmanuel Daoud, également avocat de la FIDH, qui estime que l’implication de Agathe Habyarimana dans la préparation du plan génocidaire ainsi que ses prises de parole après le meurtre de son mari auraient dû conduire les juges d’instruction à la renvoyer devant la cour d’assises.

Agathe Habyarimana a été exfiltrée en Europe avec sa famille le 9 avril 1994, à la demande de l’ancien président François Mitterrand, proche de son mari.
La France a refusé de l’extrader au Rwanda, sans toutefois lui accorder l’asile.
Installée en France depuis 1998, elle y vit ainsi sans statut légal, ce qui lui cause toujours d’énormes tracas, selon son avocat qui a espéré une régularisation de sa situation. Elle est âgée aujourd’hui de 82 ans.
Vital Ndayambaje




































































