Après 28 ans! Le combat continue pour que justice soit rendue aux rescapés du génocide perpétré conte les Tutsi. Ceci constitue l’un des objectifs que s’est fixé le Collectif des parties civiles pour le Rwanda. Nous vous proposons de suivre l’entretien exclusif avec Alain Gauthier, le président de ce collectif basé en France.
Alain Gauthier: Je m’appelle Alain Gauthier, je suis le président du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR). C’est une association qui s’est donnée l’objectif de poursuivre en justice les génocidaires rwandais qu’on trouve sur le territoire français.
Le Canapé: En tant que participant au Colloque international tenu à l’Université du Rwanda, que ressentez-vous?
Alain Gauthier: Pour moi être au Rwanda aujourd’hui ce n’est pas une découverte. Je dois même vous dire que nous ne sommes pas uniquement venus pour ça, mais aussi nous étions venus pour faire des enquêtes. C’est pourquoi on a profité de participer au colloque. Au Rwanda je me sens toujours bien, nous sommes contents avec mon épouse de participer à ce colloque.
Le Canapé: Alors d’après vous que représente ce colloque?
Alain Gauthier: Je pense que c’est une excellente initiative même si je me suis un tout petit peu interrogé. Je ne voudrais pas que ce colloque soit uniquement une réponse aux préoccupations de nos hommes politiques. M. Macron, après le rapport Duclert, est venu faire des déclarations à Gisozi. Ma réaction qui a été relativement sévère par rapport aux propos du président français m’ont attiré beaucoup de critiques parce que nous avons estimé que tout comme la commission Duclert, le president Macron n’était pas assez loin. On a reconnu les responsabilités écrasantes des responsables politiques français du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994.
Nous on va plus loin. On aimerait que soit évoqué la complicité des hommes politiques français dans le génocide. On est un peu frustré et personnellement je ne voudrais pas que la tenue de ce colloque soit pour servir une politique quelle qu’elle soit de la France par rapport au Rwanda, mais vraiment je pense que ce colloque est une excellente initiative. Il faut que les chercheurs et historiens continuent à travailler sur ce qui a été le rôle du gouvernement français de 1994.

Le Canapé: Le Ministre de l’unité nationale et l’engagement civique, Dr Bizimana Jean Damascène, a déclaré que ce colloque se déroule au moment opportun, 2 ans avant la 30 ème commémoration. Qu’est-ce que cela signifie pour vous?
Alain Gauthier: D’abord ce qui m’a étonné c’est que certaines personnes disent que ce colloque arrivait très tard et qu’il aurait dû se produire en 1994,1995. Personnellement je ne suis pas véritablement d’accord parce que je ne vois pas comment en 1994 et 1995 on aurait pu avoir accès aux archives. C’était impossible, 2 ans après, de pouvoir mettre en place de recherches importantes. Moi je comprends très bien que ce soit maintenant que ces recherches se fassent parce qu’ il y a quand même le rapport Duclert, on a eu accès à d’autres archives, donc c’est maintenant qu’on a la matière pour travailler.
Par rapport à notre combat, ça ne change pas grand chose. Depuis les propos du président Macron sur le plan de la justice en France, là je vais m’attirer des ennuis probablement, ça n’a pas vraiment changé. C’est-à-dire que les procès qui ont eu lieu en France, par exemple celui du Capitaine Simbikangwa en 2014 et en 2016 en appel, les bourgmestres Ngenzi, Barahira en 2016 et 2018, Claude Muhayimana en décembre dernier et d’autres n’ont pas eu lieu parce que la politique française avait changé. Peut-être qu’à l’avenir ça va permettre le changement de la relation de nos deux pays, ça va probablement permettre une accélération. On nous promet 2 procès par an mais cette année on aura un seul. Il faut compter les procès en appel, il y a peut-être 35-40 plaintes au bureau du juge d’instruction. Le temps perdu ne se rattrapera jamais.
Le Canapé: Donc le combat continue?
Alain Gauthier: Oui, le combat continue forcément. Toutes les plaintes qu’on a déposées sont à l’instruction.
Le Canapé: Quelles sont alors d’après vous les résultats de ce combat?
Alain Gauthier: Pour nous ce qui est important c’est qu’ils soient reconnus coupables. Et ça il faut que les rescapés qui sont parfois déçus par les sentences prononcées, par exemple le procès de Bucyibaruta, certains n’ont pas été satisfaits mais quand même il a été condamné aux yeux du monde entier. C’est quand même ce qui est important. C’est pour cela que nous continuerons notre combat parce que certains commencent à peser.
Le Canapé: Je vous remercie
Alain Gauthier: Merci à vous!
Propos recueillis par
Florent Ndutiye




































































