Le Rwanda a acquis son ”indépendance” le 1 er juillet 1962. Cet événement important dans l’histoire de tous les peuples africains colonisés a eu lieu dans la douleur subie par une partie de la population. Elle avait été contrainte à partir en exil suite aux pogroms organisés contre les Tutsi dès 1959.
Suite à la ”révolution sociale” de 1959, les pogroms se poursuivront quatre ans durant jusqu’à la veille de l’indépendance. Les Tutsi ont été massacrés, leurs maisons brûlées et leur bétail razzié. Ceux qui ont échappé aux massacres se sont réfugiés, pour la plupart, dans les pays voisins. Cette situation a eu lieu avec l’implication du Royaume de Belgique.
Le roi Mutara III Rudahigwa (1931-1959) avait commencé à faire des revendications nationalistes contre le pouvoir des colons belges dans les années 50. Il réclamait l’indépendance immédiate. L’objectif était de mettre fin à la tutelle belge pour restaurer la souveraineté nationale. Ainsi il pourrait avoir les mains libres pour initier des réformes majeures favorisant la modernisation du pays tout en préservant la cohésion sociale.
Dès l’instauration des cartes d’identité avec une mention ethnique dans les années 30, le roi Mutara III Rudahigwa s’y est fermement opposé. En décembre 1956, appuyé par le conseil supérieur du Pays, il a officiellement demandé à l’administration coloniale de supprimer la mention ethnique dans les documents officiels. Il y voyait un outil de division car les classes sociales avaient été changées en groupes ethniques. La Belgique a refusé.
En outre, le roi Mutara III Rudahigwa ne voulait pas le maintien d’un pouvoir féodal absolu. Son intention était d’évoluer vers une monarchie constitutionnelle où le roi règne mais ne gouverne pas.

La Belgique change d’alliance
Le colonisateur belge s’est montré hostile à la revendication du roi d’accorder l’indépendance immédiate au Rwanda. Le colon qui avait favorisé une partie de la population dans l’éducation et la gouvernance en s’appuyant sur l’aristocratie tutsi, s’est allié aux Hutu à la fin des années 1950.
L’administration coloniale belge a joué un rôle de premier plan dans l’élaboration du Manifeste des Bahutu en 1957 demandant la fin de la monarchie et l’avénement d’une république. Elle a soutenu également la création d’une formation politique fantoche, le Parti du Mouvement de l’Emancipation Hutu (PARMEHUTU). Ce dernier a été du côté du colonisateur pour demander une indépendance progressive conditionnelle.
En novembre 1959, la ” révolution sociale” a été déclenchée. Plusieurs centaines de Tutsi ont été massacrés, des maisons des Tutsi incendiées. Ce premier pogrom était encouragé par les militaires belges commandés par colonel Guy Logiest. Le 25 juillet 1959, le roi Mutara III Rudahigwa meurt à Bujumbura après une consultation avec un médecin belge.
La suite va s’accélérer avec le ”coup d’Etat de Gitarama” exécuté le 28 janvier 1961. C’est l’événement fondateur de la république organisé avec le soutien de l’administration belge. Suivra l’organisation d’un référendum le 25 septembre 1961 sur demande de l’Organisation des Nations Unies (ONU). A ce moment, une partie de la population rescapée du pogrom était partie en exil. La Belgique accordera l’indépendance le 1 er juillet 1962
Le colonel Logiest, au lieu de protéger les minorités, il a privilégié la stabilisation du nouveau régime républicain. Il a transféré ainsi le pouvoir à la majorité ethnique qui sera confondue avec une majorité politique jusqu’au génocide contre les Tutsi en 1994.
Gérard Rugambwa




































































