Les organisations de la société civile saluent l’élaboration et la distribution du curriculum sur la santé sexuelle et reproductive dans les écoles. Cependant elles demandent l’accessibilité des services à tout le monde car ce n’est pas encore le cas.
« Nous ne demandons pas réellement beaucoup, » dit Dr Athanase Rukundo, directeur exécutif de HDI. « La politique est là, mais il faut l’exécuter. Les services sont disponibles, mais il faut s’assurer que tout le monde y a accès, » insiste Dr Rukundo.
La prévalence du VIH au Rwanda est de 3%. Chez les populations clés, le taux est plus élevé. Pour les femmes de sexe, elle est de 35%. Concernant la tranche d’âge de 15 à 19 ans, elle est de 6%. Parmi ces jeunes, certaines sont devenues des mères précocement. « S’elles avaient reçu l’information à temps, elles ne seraient pas dans ces conditions, » regrette Dr Athanase Rukundo.
Au niveau de la loi, les enfants de moins de 18 ans doivent être accompagnés par leurs parents pour bénéficier des services relatifs à la santé reproductive. Et pourtant ils font le sexe sans passer par leurs parents. « Qu’on le veuille ou non, les jeunes filles de moins de 18 ans font le sexe, » hausse le ton une jeune fille. La conséquence, c’est soit une grossesse non désirée, soit l’infection au VIH/Sida.
Entre 20-24 ans, les filles porteuses du VIH/Sida sont le triple des garçons du même âge. L’un des moyens de protéger ces enfants contre le VIH/Sida, les grossesses non désirées et même la violence sexuelle basée sur le genre, c’est de leur donner toute l’information nécessaire.
« Nous avons la chance, la plupart de nos jeunes fréquentent l’école. Si le curriculum disponible sur la santé reproductive est bien respecté, et si l’Etat y investit les moyens nécessaires pour le renforcement des capacités des enseignants, des responsables des confessions religieuses, nous pensons que le nombre peut être réduit sensiblement, » souligne Dr Athanase Rukundo.
Les enfants scolarisés passent beaucoup de temps à l’école plus qu’à la maison. C’est un endroit idéal pour octroyer les services de santé sexuelle et reproductive aux jeunes. Ils sont par ailleurs scolarisés à un taux très élevé (+95%).
« Dans toutes les écoles, les services sur la santé reproductive doivent être disponibles car la plupart de parents ne sont pas capables de le faire, » reconnait Eugene Ngoga, directeur des besoins spéciaux au Conseil d’Education de Base (REB).

Toutefois, M. Ngoga établit les limites de leur intervention. « Nous donnons l’information nécessaire sur la santé reproductive. Nous montrons également les risques encourus lorsque l’on s’engage à faire le sexe. Mais les préservatifs ne peuvent pas être distribués dans les écoles car on ne fait pas la promotion du sexe. Donner un préservatif à un jeune, c’est l’inciter à faire les relations sexuelles, » révèle-t-il la position du ministère de l’éducation.
Un tournant irréversible avec un Curriculum sur la santé sexuelle et reproductive
Au Rwanda, l’on a posé un pas important en 2016 avec le lancement des leçons sur la santé reproductive dans les écoles. Les adolescents peuvent en discuter en classe. Les curricula ont été élaborés en tenant compte de l’âge des apprenants. Ces nouveaux cours ont changé la donne.
« Les enseignants ont été formés et ont reçu les instructions nécessaires, » assure Eugene Ngoga, directeur des besoins spéciaux au Conseil d’Education de Base (REB).
« On n’a pas encore procédé à une évaluation. Cependant les autres partenaires confirment l’existence d’un changement significatif chez les enfants, » déclare Eugene Ngoga.

Dans la société rwandaise, très peu de parents peuvent discuter avec leurs enfants sur les questions de santé reproductive. Et comme les enseignants sont également des parents, il est évident qu’ils ne se comportent pas de la même manière pendant de telles leçons. Certains sont plus à l’aise. D’autres moins.
Le curriculum distribué dans tous les établissements scolaires ne serait pas ainsi respecté à la lettre partout. Certaines écoles privées et religieuses ne seraient pas tout à fait dociles dans le respect des instructions ministérielles.
Pour Eugene Ngoga, tout Etat démocratique doit être caractérisé par une certaine tolérance. « Tout en respectant les croyances des uns et des autres, il faut quand même privilégier la science, » nuance-t-il ses propos.
Gérard Rugambwa




































































