La stigmatisation et la discrimination des gays augmente leur vulnérabilité au VIH/Sida. Ils ne reçoivent pas les services essentiels pour la prévention contre cette pandémie.
Au Rwanda, la discrimination n’est pas légale. Cependant la société à majorité chrétienne, environ 93% de la population, et enclin au respect des mœurs, se donne le loisir de piétiner parfois la loi. Elle pratique une discrimination systématique des gays.
Richard Kwizera (pseudonyme) est un gay résidant à Kigali. Il a souffert de discrimination au niveau de l’emploi. « Je travaillais dans un hôtel. Pour avoir révélé mes connaissances avec un client gay, j’ai perdu mon emploi, » explique-t-il avec chagrin.
Richard avait été immédiatement identifié à son ami qui manifestait un comportement visiblement féminin.
Ainsi les gays, inconnus dans la société traditionnelle rwandaise, souffrent de stigmatisation et de discrimination en famille, à l’école, au niveau de la location des maisons … Cela affecte leur santé car ils évitent de se montrer. Ils sont alors privés des services de prévention alors qu’ils font partie des personnes à risque face au VIH/Sida.

« Les gays mènent une vie quasi clandestine. Cela augmente leur vulnérabilité au VIH/Sida car ils ne bénéficient pas de services de prévention dont ils ont besoin, » affirme Dr Athanase Rukundo, directeur des programmes au HDI (Initiative de développement de la santé).
Les résultats d’une enquête menée par le Centre Biomédical du Rwanda (RBC) en 2020 révèlent un taux de prévalence au VIH de 11,3% chez les gays dans la ville de Kigali. Pour la population en général, il s’élevait à 6,3% dans la capitale rwandaise en 2015. Pour les gays, le taux était de 4,3.
HDI face à ce problème de santé publique
Les risques de propagation du VIH/Sida sont plus élevés pendant les relations sexuelles anales à cause des frottements. Ces derniers peuvent provoquer des blessures. L’Organisation Non Gouvernementale (ONG) HDI a lancé un projet pour tenter de localiser les gays.
« Nous exploitons la méthode des pairs éducateurs. Lorsque l’on identifie un gay, on peut en trouver d’autres allant jusqu’à 100 individus, » affirme Ingabire Emery Jocelyne, directrice associée de la sensibilisation de la communauté au HDI.

Dans la première phase, entre 3000 et 4000 gays ont été localisés dans la ville de Kigali. Lorsque le contact est noué, HDI leur donne gratuitement certains services. Ils reçoivent l’information sur les risques sur leur santé. « Celui qui dispose de l’information sait comment agir après, » explique Ingabire Emery Jocelyne.
Le counseling vient par après avant le dépistage. « Nous possédons un laboratoire et un personnel formé. Celui qui est testé positif au VIH/Sida, nous lui donnons une référence d’un centre de santé où il peut recevoir des antirétroviraux (ARV), » dit Ingabire. « Le dépistage des autres maladies sexuellement transmissibles (MST) se fait également. Et encore une fois l’individu malade est envoyé dans un centre de santé le plus proche, » ajoute-t-elle. Le personnel est formé pour un service sans stigmatisation.
Les Centres HDI de Kicukiro et de Nyarugenge donnent gratuitement aux gays des préservatifs et des lubrifiants. « Le préservatif aide dans la prévention contre les MST dont le VIH/Sida, » rappelle Ingabire. « Les lubrifiants permettent d’augmenter l’humidité pour le sexe anal. Ils augmentent les chances des préservatifs à ne pas se déchirer pendant les relations sexuelles anales, » justifie-t-elle ce don.

Les gays s’élèvent à 8000 dans la ville de Kigali. RBC a fait cette révélation aux journalistes pendant une formation organisée du 22 au 24 septembre à Musanze. Une initiative de ABASIRWA. Il s’agit d’une association des journalistes luttant contre le VIH/Sida et les autres maladies.
Gérard Rugambwa




































































