En janvier 1993, avant le déclenchement du génocide perpétré contre les Tutsi de 1994, Jean Carbonare, de nationalité française, avait demandé à la France d’arrêter le génocide au Rwanda, mais sa voix n’a pas été entendue.
Jean Carbonare venait d’une mission de la Fédération Internationale des droits de l’homme au Rwanda. Au sein d’une commission de huit personnes de nationalités différentes, il était le seul français, et le plus gêné.
Il présente un témoignage bouleversant sur France 2, Antenne 2 à l’époque. La mission parle déjà de génocide, une année avant le déclenchement du génocide perpétré contre les Tutsi de 1994.
« Ce qui nous a frappé au Rwanda c’est l’ampleur des violations des droits de l’homme, la systématisation, l’organisation même de ces massacres, parce qu’on a parlé d’affrontements ethniques. Mais en réalité il s’agit de quelque chose de beaucoup plus que des affrontements ethniques. C’est une politique organisée que nous avons pu vérifier, parce que dans tous les coins du pays éclatent des incidents et ce n’est pas fortuit, ce n’est pas gratuit, il y a un mécanisme qui se met en route. On a parlé de purification ethnique, de génocide, de crime contre l’humanité dans le pré rapport que notre commission a établi et nous insistons beaucoup sur ces mots. » déclare Jean Carbonare sur cette télévision publique.
Il donne des faits pour illustrer ses propos. « Ce que nous avons découvert aussi, et c’est à l’image de la Yougoslavie, toutes les femmes de la minorité tutsi voient leurs maris, leurs frères, leurs pères tuer, elles sont ensuite comme des bêtes, abandonnées, violées, maltraitées, » a-t-il révélé, en plein journal télévisé, que le Rwanda était sur la voie du génocide contre les Tutsi.

Dans son intervention, Jean Carbonare évoque pour la première fois la responsabilité des autorités rwandaises et françaises. « Nous sommes convaincus, tous les membres de la mission étaient convaincus que jusqu’à un niveau élevé du pouvoir il y a des responsabilités très grandes. Ce que je voudrais ajouter aussi c’est que notre pays qui supporte militairement et financièrement ce système a une responsabilité, » avait-il accusé le régime François Mitterrand.
Et de lancer un appel de détresse pour inciter son pays, la France, à arrêter le pire. « Nous étions plusieurs nationalités, huit nationalités représentées dans notre mission, j’étais le représentant le plus inconfortable, parce que je mesurais que notre pays, s’il le veut, peut faire peser sur cette situation, » a-t-il dit.
« Et j’insiste, nous sommes responsables, vous aussi M. Masure vous pouvez faire quelque chose, vous devez faire quelque chose pour que cette situation change parce qu’on peut la changer si on veut…. En Yougoslavie, en Somalie c’est un peu différent, c’est une situation qui nous échappe, mais là on peut faire beaucoup, nous-mêmes et en entrainant aussi nos partenaires de la Commission Européenne et du monde occidental. »
La responsabilité française qui fait encore malheureusement débat en France, 27 ans après, avait été évoquée par Jean Carbonare sur le micro de Bruno Masure en janvier 1993.
La voix de cet homme sera comme un cri dans le désert. Le génocide perpétré contre les Tutsi sera exécuté au vu et au su de tout le monde, pendant cent jours. Et ensuite les génocidaires seront exfiltrés vers le Zaïre (actuelle RDC) par l’armée française après un travail héroïque de l’Armée Patriotique Rwandaise (APR).
Gérard Rugambwa




































































