La clé dans les mains des jeunes
Depuis un certain temps, le problème des grossesses non désirées chez les jeunes est devenu un casse-tête pour la société rwandaise. Elles ne cessent d’augmenter au fur du temps. Pourtant les efforts consentis pour les réduire au strict minimum sont importants.
En 2016, les grossesses non désirées chez les adolescentes s’élèvent à 17,849. En 2017, on remarque une faible diminution. Elles ont été au nombre de 17.337. L’année suivante, en 2018, les statistiques atteignent 19.832. En 2019, les chiffres montent en flèche. Pendant la première moitié de l’année seulement, l’on avait atteint le chiffre de 15.656. Depuis lors, les grossesses non désirées ne sont plus connues en nombre… « Elles sont en hausse, » entend-on simplement dire partout.
Le plus grand nombre de grossesses non désirées est enregistré pour les filles âgées de 19 ans. Elles atteignent 15%. Pour la plupart de fois, elles sont originaires du milieu rural et des familles pauvres.

Lorsque l’on cherche à s’enquérir des actions réalisées pour aider les jeunes à surmonter ce fléau, l’on est étonné du travail accompli mais qui reste sans beaucoup d’effet.
Selon Dr Eliphaz Karamage, en charge de la santé des adolescents au Centre Biomédical du Rwanda (RBC), plusieurs initiatives ont été prises. Des émissions radios sont organisées régulièrement comme Urunama et Umurage. Deux campagnes sont prévues chaque année dans le pays. Des rencontres spéciales ont été organisées dans toutes les universités du pays. L’objectif a été d’échanger sur la santé reproductive.
Les confessions religieuses sont également sensibilisées sur les problèmes sociaux dus aux grossesses non désirées. Le but est de les rendre moins rigides à l’usage des méthodes contraceptives. Des préservatifs et autres moyens de prévention contre les grossesses non désirées sont mis à la disposition des adolescents dans les centres de santé…

Une conférence nationale sur les droits et santé sexuelle et reproductive
HDI organise une conférence des intervenants dans le secteur de la santé reproductive et les bénéficiaires des services du 19 au 20 octobre. Cent adolescentes et adolescents sont invités de tous les districts du pays. Le but est de favoriser les discussions entre les deux parties pour rendre accessibles les services relatifs à la santé sexuelle et reproductive des adolescents.
Pour cette Organisation Non Gouvernementale, le manque d’information est à la base du problème des grossesses non désirées chez les adolescentes. « Si les jeunes adolescentes sont bien averties, les grossesses non désirées seront fortement réduites. C’est notre conviction, » dit Dr Aphrodis Kagaba, Directeur de HDI. Pour Dr Aphrodis Kagaba, les adolescentes engrossées ne doivent plus retomber dans la même erreur.

« Avant le sevrage de premier bébé d’une mère adolescente, celle-ci est déjà engrossée pour la seconde fois, » regrette Aphrodis Kagaba, directeur du HDI. « Elles sont abandonnées à elles-mêmes. La reprise des études devient quasi impossible. Ceux qui se présentent en « bienfaiteurs » abusent d’elles. Ils les rendent plus vulnérables encore, » hausse-t-il le ton, en fronçant les sourcils.
Les jeunes donnent des idées pour sortir de l’impasse
A la surprise des uns et des autres, les jeunes révèlent les failles dans les interventions des adultes. Le centre de santé ne serait pas l’endroit idéal pour l’octroi des services relatifs à la santé sexuelle et reproductive des adolescents.
« Ne peut-on pas nous trouver un autre lieu pour l’octroi des services ?» demande Aïsha Uwamahoro. Cette jeune adolescente de Nyarugenge reproche aux centres de santé de chercher à entrer dans la vie privée des adolescentes.

« Quand on se rend au centre de santé, au lieu de répondre à nos besoins, l’on nous pose beaucoup de questions sur notre vie sexuelle, » dit-elle. « Des fois, on nous répond que nous sommes encore jeunes pour bénéficier de ces services, » se plaint-elle. « On rentre bredouille et on s’expose ainsi au risque de tomber enceinte, » révèle-t-elle.
Pour Sandrine Muhimpundu du district de Bugesera, les grossesses non désirées sont dues au manque d’information. Elle accuse les parents de ne pas accompagner leurs enfants dans les changements physiques et psychologiques. Parfois les adolescentes peuvent s’adonner aux relations sexuelles par insuffisance d’information. Elles cèdent parfois aux avances des hommes par manque de moyens pécuniaires.
« Les adolescentes devraient bénéficier d’informations suffisantes et dignes de foi, » suggère-t-elle. « L’on devrait nous apprendre à compter sur nos propres forces pour résoudre les problèmes de ressources. On peut nous appuyer dans la création de petits projets générateurs de revenus, » se montre-t-elle précise.

Selon Sandrine Muhimpundu, les informations sur la santé reproductive des adolescents devraient être données par leurs pairs aux centres des jeunes. « Nous pouvons nous sentir plus libres et nous exprimer plus ouvertement, » souligne cette jeune fille. « Même au centre de santé, nos pairs peuvent se révéler plus efficaces que les adultes. Il suffit d’y prévoir un espace pour les jeunes où ils peuvent se sentir libres, » insiste-t-elle sur la nécessité d’éloigner les adultes.
Les HDI Champions se montrent efficaces
Les HDI Champions sont des jeunes élèves formés par HDI. Ils bénéficient du savoir sur leurs droits et la santé sexuelle et reproductive. Ils sont choisis parmi les autres pour leur participation active. Teta Kevine est l’une de ces adolescents élus pour appuyer HDI dans son rôle d’être proche des jeunes. Elle assiste ses pairs depuis 4 ans. Elle nous partage son expérience.
« Dans mon école, mes amis, au sein de mon entourage, lorsqu’ il y a un problème de santé sexuelle et reproductive, j’interviens pour donner les conseils nécessaires, » dévoile-t-elle son rôle. « Quand la question de mon interlocuteur(trice) me semble difficile, je lui indique le 3530, un numéro de tel gratuit, » énonce-t-elle.

« J’ai déjà aidé beaucoup de jeunes. Ils ne sont pas moins de 60. Et là je ne tiens pas compte des jeunes visités dans les écoles. Je parle seulement des camarades de classe, de mes amis et des jeunes de mon Eglise, » souligne-t-elle.
« Quand les jeunes parlent à leurs pairs, le message passe mieux qu’entre jeunes et adultes. On échange en toute sincérité, » conclut-elle.
Gérard Rugambwa




































































