A la veille du 7 avril 2026, date marquant la 32 ème commémoration du Génocide contre les Tutsi, une vérité s’impose. Le monde se souvient, mais n’agit pas toujours à la hauteur de ses promesses. Depuis plus de trois décennies, l’expression ”plus jamais” est répétée comme un engagement universel. Pourtant, face aux réalités quotidiennes, elle apparaît de plus en plus fragile, parfois réduite à une formule commémorative dénuée d’effets concrets.
Au Rwanda, la mémoire du génocide demeure profondément vivante. Elle s’exprime dans les récits des survivants, dans les familles brisées et dans ces silences lourds qui traversent les générations. En 1994, le pays a été détruit presque jusqu’au dernier point: une société anéantie, des vies fauchées, une nation laissée au bord du néant. Des enfants ont grandi sans parents. Ces derniers vivent avec une absence irréparable. Les descendants des génocidaires portent le poids d’un héritage douloureux, souvent marqué par des questions persistantes et le besoin de comprendre un passé tragique. Le génocide n’est pas une page tournée; il continue de façonner le présent et d’interpeller l’avenir.

Et pourtant, de cette tragédie est née une reconstruction remarquable. Sous la conduite du Président Paul Kagame, le Rwanda s’est engagé dans un processus ambitieux de reconstruction, fondé sur l’unité nationale, la réconciliation et le développement. Cette transformation, aujourd’hui largement reconnue, ne repose pas uniquement sur des progrès économiques ou institutionnels; elle s’appuie sur une leçon essentielle tirée de l’histoire: la sécurité et la prévention ne peuvent jamais être négligées.
C’est dans cette logique que s’inscrivent les mesures de vigilance et de protection mises en place par le Rwanda, notamment à ses frontières avec la République démocratique du Congo (RDC). Si ces mesures suscitent parfois des incompréhensions ou des critiques sur la scène internationale, elles répondent à une exigence existentielle: ne jamais permettre que les conditions ayant conduit au génocide puissent se reproduire. Dans un entretien accordé à Jeune Afrique le 26 mars 2026, Paul Kagame a affirmé avec clarté: ” N’attendez pas de moi que je lève nos mesures de défense alors que vous laissez Félix Tshisekedi faire ce qu’il veut”. Ces propos traduisent une ligne constante: celle d’un Etat qui, marqué par son histoire, privilégie la protection de sa population, quel qu’en soit le prix.

La communauté internationale, quant à elle, a reconnu son incapacité à agir en 1994. Comme l’a déclaré Ban Ki-moon en 2014, le génocide contre les Tutsi constitue un ”Echec collectif”. Dès 2004, Kofi Annan soulignait que le Rwanda avait appris au monde à ne jamais détourner le regard face à l’inacceptable. Mais reconnaître cet échec, aussi important soit-il, ne suffit pas. Il impose une responsabilité durable, une obligation morale et politique d’agir.
Or, les signaux d’alerte persistent. Dans certaines régions, notamment à l’Est de la République démocratique du Congo, des tensions et des violences ciblées continuent d’être signalées. Des discours de haine visant des communautés tutsi y circulent encore, rappelant dangereusement les mécanismes qui ont précédé le génocide de 1994.
La présence en RDC de FDLR, la propagation de leur idéologie de génocide à travers ce pays et le soutien dont ils bénéficient de Félix Tshisekedi et son valet sont banalisés.

Le silence face à ces dérives n’est pas neutre; il est porteur de risques. L’inaction d’aujourd’hui peut devenir la tragédie de demain.
Transformer ”plus jamais” en engagement réel exige des actions concrètes. Cela commence par l’éducation. Enseigner l’histoire du génocide, au Rwanda comme ailleurs, est indispensable pour prévenir la répétition de telles tragédies. Comprendre les mécanismes de la haine, de la déshumanisation et de la propagande permet de mieux les combattre. La mémoire, lorsqu’elle est transmise avec rigueur et responsabilité, devient un outil puissant de prévention.
La lutte contre les discours de haine constitue aujourd’hui une priorité absolue. Comme l’a rappelé António Guterres en 2021, le devoir de mémoire doit être un véritable moteur d’action contre la haine, où qu’elle se manifeste. Cette responsabilité est éminemment collective: elle incombe aux Etats, aux institutions internationales, mais aussi aux citoyens, aux médias et aux leaders d’opinion.

Par ailleurs, la communauté internationale doit renforcer ses mécanismes d’alerte et d’intervention. Comme l’a souligné Barack Obama en 2016, il est indispensable d’avoir le courage de prévenir et de stopper les atrocités de masse avant qu’il ne soit trop tard. Attendre que les violences atteignent un point de non-retour revient à répéter les erreurs du passé.
Enfin, la reconnaissance de la vérité demeure un pilier fondamental. En 2021, Emmanuel Macron affirmait que la vérité est une exigence pour la justice et la mémoire. Sans vérité, il ne peut y avoir ni réconciliation durable ni prévention efficace. La lucidité historique est une condition essentielle pour construire un avenir commun.
En définitive, le génocide contre les Tutsi dépasse les frontières du Rwanda: il demeure un avertissement universel, un rappel que l’humanité ne peut se permettre ni l’indifférence ni l’oubli. ”Plus jamais” ne doit plus être un simple slogan, mais un engagement réel, constant et mesurable, porté par des actions concrètes et une responsabilité collective assumée. Se souvenir est essentiel, certes, mais agir est indispensable.

Les FDLR en RDC ont les mains libres. Les Banyamulenge sont massacrés par la coalition gouvernementale accusés d’être des Tutsi. L’objectif reste, en fin de compte, de se ruer sur le Rwanda. Le monde assiste sans agir à l’évolution de la situation comme ce fut le cas au Rwanda dans les années 90. ”Dans ces pays-là, un génocide c’est pas trop important” comme l’avait déclaré François Mitterrand.
Une question fondamentale s’impose, simple dans sa formulation mais exigeante dans ses implications: le monde est-il enfin prêt à agir pour que ”plus jamais” ait un sens?
Béatrice Mukamuligo




































































