La sortie de Jean‑Luc Habyarimana sur les réseaux sociaux ressemble moins à une analyse politique qu’à une tentative familière de diversion. En quelques lignes, le fils de Juvénal Habyarimana prétend que Kigali chercherait un ”bouc émissaire” après des sanctions américaines et mènerait une prétendue campagne contre lui. Mais derrière cette posture de victime se cache une réalité bien plus dérangeante, rappelée avec une précision cinglante par le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe.
La première chose que souligne Nduhungirehe est l’évidence que Jean-Luc Habyarimana tente d’éviter: l’héritage politique et criminel du régime de son père. Pendant des années, le régime de Juvénal Habyarimana a instauré un système de violence politique et de persécution qui a culminé dans le génocide perpétré contre les Tutsi en 1994.
Les victimes ne sont pas des abstractions historiques. Ce sont les familles des opposants assassinés, comme celles de Félicula Nyiramutarambirwa ou du Père Silvio Sindambiwe, ainsi que les survivants des massacres de Murambi, Kibilira, Bugesera ou Mukingo au début des années 1990. Leur mémoire contredit frontalement la tentative de réhabilitation implicite que le fils de l’ancien président cherche à imposer. Plus troublant encore, le ministre rappelle un épisode que Jean-Luc Habyarimana préfère manifestement passer sous silence. Dès le 22 juin 1994, devant l’auditorat militaire belge, des témoins oculaires l’ont directement mis en cause dans un épisode survenu le matin du 7 avril 1994, après l’assassinat de la Première ministre Agathe Uwilingiyimana. Selon ces témoignages, il aurait menacé de tirer dans la dépouille de la cheffe du gouvernement avec le fusil d’assaut automatique qu’il portait en permanence. Ce n’est pas une accusation inventée aujourd’hui par Kigali. Elle a été formulée à chaud, au moment même où les crimes se déroulaient.
Face à ces éléments, la stratégie de Jean-Luc Habyarimana consiste à noyer le poisson. Il évoque des ”visites privées” à Kinshasa et se pose en cible d’une prétendue campagne politique. Mais là encore, la réponse du ministre rwandais est sans détour : prétendre que ces déplacements seraient anodins relève d’une ”insulte à l’intelligence”. Car ces voyages s’inscriraient, selon Kigali, dans un contexte beaucoup plus inquiétant: des contacts avec les milices génocidaires des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et une collaboration avec l’entourage du président congolais Félix Tshisekedi pour planifier des actions hostiles contre le Rwanda.
La question centrale n’est donc pas celle que tente d’imposer Jean-Luc Habyarimana ; celle d’une prétendue campagne politique contre lui. La vraie question est celle de son propre rôle et de ses propres choix. Au lieu de mener une vie discrète en France, comme le souligne Olivier Nduhungirehe, il a choisi de revenir dans l’arène politique en se rapprochant de groupes et d’acteurs qui restent profondément liés à l’histoire du génocide et à l’instabilité régionale. Dans ce contexte, crier au complot n’est pas une défense. C’est une fuite. Et chaque tentative de diversion ne fait que raviver les questions que Jean-Luc Habyarimana refuse toujours d’affronter: celles de la responsabilité historique, des témoignages qui le mettent en cause et de ses relations actuelles avec des forces hostiles au Rwanda. Autrement dit, si quelqu’un cherche à réécrire l’histoire ou à détourner l’attention, ce n’est pas Kigali. C’est le fils d’un régime dont le nom reste à jamais associé à l’une des pires tragédies du XXᵉ siècle.
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