A travers ce procès, c’est bien plus qu’un homme qui est jugé : c’est une part de l’Histoire humaine qui cherche à s’imposer face au déni.
Trente ans après le génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda, le procès de Philippe Hategekimana illustre non seulement la persistance du négationnisme, avec des tentatives de minimiser ou de nier la responsabilité des auteurs des massacres, mais aussi la volonté des survivants et des parties civiles de préserver la mémoire du génocide.
Le tribunal de Paris a été plongé dans un mélange de douleur, de dignité et de confrontation intellectuelle cette semaine. Les témoignages ont ravivé les mémoires des horreurs du génocide, tout en exposant des prises de position révisionnistes. Celles-ci continuent de diviser les perceptions de l’Histoire.
Témoignages et déni persistant
Au cœur de son procès actuellement en appel, Philippe Hategekimana nie catégoriquement toute implication directe dans les massacres. Néanmoins des témoins comme Cyriaque Habyarabatuma et Déogratias Mafene ont réaffirmé son rôle dans les exécutions à Nyanza. Ils ont souligné son engagement aux côtés des gendarmes extrémistes.
Déogratias Mafene, un ancien gendarme, a témoigné en réaffirmant que Hategekimana, alors gendarme extrémiste, avait joué un rôle dans les massacres à Nyanza.
Sur questions du président, le témoin confirme que tous les gendarmes qui sortaient à l’extérieur du camp étaient des extrémistes. Philippe Hategekimana était leur chef. Lui-même sortait du camp pour aller tuer, à bord du véhicule de la gendarmerie. Il était vraiment ”méchant” avait indiqué Déogratias Mafene, dans son témoignage.
Hategekimana et sa défense contestent ces témoignages en soutenant que les accusations sont basées sur des témoignages manipulés et que ses actions étaient simplement le résultat d’obéissance aux ordres militaires.
Les réactions de Philippe Hategekimana illustrent clairement une tentative de minimiser sa responsabilité dans les atrocités commises, ce qui continue de diviser les perceptions de l’Histoire et de maintenir le négationnisme vivant.
Justice et préservation de la mémoire
Le 7eme jour du procès a été marqué par des témoignages qui ont, une fois de plus, ravivé les mémoires de l’horreur, mais aussi par des prises de parole remettant en question les faits établis par des décennies d’enquêtes rigoureuses.
Face à ces témoignages, Philippe Hategekimana a continué de nier toute implication. “Mon client n’a jamais ordonné ou participé à des massacres. Ce procès est une tentative de réécrire l’Histoire”, a déclaré son avocat. Il a ajouté que l’accusation repose sur des témoignages “manipulés par le régime actuel au Rwanda”.
La bataille pour la mémoire et la vérité
Trente ans après le génocide des Tutsi, ce procès ne concerne pas seulement Hategekimana. Il incarne une bataille plus vaste pour la mémoire, la vérité et la justice.
“Ce n’est pas seulement une question de justice pour les victimes, mais aussi une manière de protéger l’Histoire contre les distorsions”, a expliqué un avocat de la partie civile.
Pour les survivants, ce procès est un espace où ils peuvent affirmer leur vérité face à des récits révisionnistes qui tentent de minimiser ou de nier les atrocités commises.
Tentatives d’évasion et incohérences dans les déclarations
Philippe Hategekimana, alias Manier, aurait-il fui le Rwanda après les massacres et vécu sous une fausse identité en Afrique et en France ?
L’accusé a été interrogé, mais ses déclarations incohérentes ont soulevé des questions sur ses tentatives d’évasion et son rôle dans le génocide. Arrêté en 2018 au Cameroun, il est extradé vers la France, où il a été jugé pour sa participation aux atrocités du génocide. Cette semaine, au septième jour du procès, Philippe Hategekimana a réagi lorsqu’il lui a été demandé d’expliquer son départ pour le Cameroun le 13 novembre 2014.
” Je voulais aider ma fille à installer son commerce à la fin de ses études (master en psychologie sociale et chef de projet en santé communautaire,” a-t-il répondu.
Selon lui, en 2012, sa fille avait choisi de faire un stage dans ce pays. Elle décide donc d’y revenir en 2014. Elle souhaitait que Hategekimana vienne l’aider à mieux s’installer. Ainsi en novembre 2017, a-t-il poursuivi, il part pour le Cameroun. ” J’avais obtenu un visa de trois mois, grâce à l’intervention du maître de stage de ma fille. J’ai fini par le faire prolonger car ma femme voulait venir nous voir. Elle arrivera le 30 mars 2018. Elle souffrait d’arthrose et voulait profiter du climat. Nous devions repartir ensemble. C’est à ce moment que j’ai été arrêté à l’aéroport. Je serai extradé vers la France le 15 février 2019,” a-t-il déclaré.
Lutte pour la vérité et contre l’impunité
Le négationnisme a été un thème majeur des débats. Ils ont aussi mis l’accent sur l’importance de la justice dans le processus de réconciliation et de guérison pour les victimes. Les psychologues et chercheurs présents ont rappelé les traumatismes persistants chez les survivants, pour qui la reconnaissance de la vérité et la responsabilité des coupables restent essentielles à la reconstruction de la mémoire collective.
Le génocide perpétré contre les Tutsi en 1994 ayant marqué non seulement le Rwanda, mais aussi la conscience collective internationale, ce procès incarne un effort pour préserver cette mémoire. C’est en même temps un acte de justice et un combat pour la mémoire et la vérité collective, destiné à contrer les tentatives de réécrire ou d’effacer cette part sombre de l’histoire humaine.
Philippe Hategekimana, d’origine rwandaise, devenu Manier depuis sa naturalisation en avril 2005, avait fait appel de sa condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité par la Cour d’assises de Paris pour ”génocide, complicité de génocide, crimes contre l’humanité, complicité de crimes contre l’humanité et participation à une entente en vue de la préparation des crimes de génocide et autres crimes contre l’humanité.”
Amandine Ndikumasabo




































































