Ambassadeur Vincent Karega est un ancien ministre du travail et de la fonction publique du gouvernement rwandais. Il a été aussi ministre des infrastructures, mais également ancien ambassadeur du Rwanda en RDC. En cette qualité, la rédaction l’a contacté pour une interview exclusive sur la crise actuelle entre la RDC et le Rwanda. Et sur la voie de sortie de ce tunnel sombre.
Interview exclusive…
Le Canapé: Les relations du Rwanda et de la RDC se trouvent dans une situation de crise. Pourtant bien avant votre expulsion à Kinshasa, les relations entre les deux pays se portaient bien. Votre commentaire.
Amb. Vincent Karega: Depuis l’avénement du génocide des Tutsi au Rwanda et la fuite des génocidaires vers la RDC, les relations entre les deux pays n’étaient plus assez bonnes car la RDC était devenue une base arrière des éléments destabilisateurs.
La question épineuse n’a jamais trouvé une solution durable. La RDC est toujours restée une base arrière des FDLR. Ces derniers menaçaient les réfugiés rwandais et les Tutsi congolais. Ceux-ci ont dû se réfugier au Rwanda. Les FDLR ont occupé leurs terres et constituaient une menace au niveau de la sécurité et stabilité économique du Rwanda.
A chaque période, il y a eu de grands efforts de stabilisation, des échanges, programmes régionaux, mais la non résolution complète de cette question des génocidaires, une menace permanente contre la sécurité du Rwanda, fait que la confiance entre les deux pays est toujours remise en cause de façon cyclique.
Une nouvelle dimension, au fur du temps, il est déplorable de constater que l’idéologie de haine contre les Tutsi a pris des racines. Elle remet en cause l’identité et la congolité des peuples rwandophones de la RDC avec une menace de les chasser ou de les mettre mal à l’aise pour les envoyer au Rwanda, indépendamment des communautés du Nord Kivu ou du Sud.
Cette idéologie ou nouvelle dynamique sociale en RDC affecte négativement la confiance mutuelle entre les Etats et les mécanismes rwandais de protection de sa frontière. Et des fois des incursions pour contrecarrer les attaques contre le Rwanda sur le sol congolais continuent à détériorer le capital confiance, base essentielle à la coopération et à la cohabitation harmonieuse.
Des propagandes chimériques ou erronées issues de cette crise de confiance par le côté congolais, telles que la suspicion de la création de l’empire Hima-Tutsi qui arracherait des espaces géographiques à la RDC, des velléités hégémoniques de dominés sur les populations congolaises, et des accusations infondées de pillages systématiques des ressources naturelles de la RDC attisent la haine et la méfiance entre les Etats et les populations à différents niveaux.
Les relations quoi que séculaires et existantes avant la colonisation, au delà de la politique, jusqu’au niveau des intermariages, des associations culturelles, des échanges commerciaux sont aujourd’hui turbulentes à cause de tous ces facteurs malheureusement favorisés par une faiblesse gouvernementale et quasiment une absence de l’Etat du côté congolais de l’Est où les populations, les clans créent de milices d’autodéfense, d’exclusion ou d’isolement mutuel, conduisant ainsi à une amalgame des facteurs de désintégration de l’unité entre les communautés et des capacités de l’Etat de gouverner et promouvoir le développement.
Le Canapé: Qu’est-ce qui est à l’origine de la crise actuelle?
Amb. Vincent Karega: La crise après de très bons moments et la réémergence de M23 après 10 ans de leur défection. Mais en même temps il y avait des accords d’Addis Abeba et de Nairobi sur la façon de régler leurs revendications des exilés en Ouganda et au Rwanda.
La durée prolongée de réglement de leurs problèmes les a frustrés. Et de l’Ouganda, ils ont réattaqué la RDC. Mais comme ils parlent Kinyarwanda et la plupart associés à la communauté Tutsi et qu’ils ont fait front sur leurs chemins les FDLR avec plus de puissance militaire, la suspicion du soutien rwandais par les Congolais, et le refus de regarder les revendications des M23 séparément, a été une cause d’une crise diplomatique.
Elle ne fait que s’accentuer en dépit des efforts régionaux de chercher une réponse plus globale aux problèmes persistants et revendications des rwandophones en insécurité et bien sur d’harmonie perdue entre la plupart des communautés du Nord Kivu.
Celles-ci ont été imprégnées d’idéologie véhiculée depuis des décennies par les génocidaires rwandais qui, malheureusement au lieu d’être désarmés et rapatriés ou complétement démantelés par les FARDC, ils sont occassionnellement réarmés et même utilisés pour combattre aux côtés des FARDC, les autres milices exacerbant à l’animosité et la sécurité interethnique sur l’espace congolais avec des répercussions migratoires et sécuritaires sur le Rwanda.
Le Canapé: Le gouvernement de la RDC ne cesse de crier à qui veut l’entendre qu’il a été agressé par le Rwanda. Vous connaissez la RDC. Vous connaissez le Nord Kivu, qu’est-ce qu’il en est au juste?
Amb. Vincent Karega: La RDC met beaucoup d’emphase sur la réémergence de M23 appelés terroristes avec beaucoup d’allégation comme quoi ils seraient bénéficiaires de l’aide du Rwanda.
En dehors de M23, depuis plusieurs années on compte 130 milices dans le Nord comme au Sud Kivu, en Ituri et même au grand Katanga, à l’Est de la RDC. Des exactions causant morts et instabilité sécuritaire plus virulentes, vers Beni, par les ADF et des violences interethniques depuis plusieurs décennies commises par les milices lendu surtout en Ituri, sans cesse au quotidien.
Plusieurs milices lega, hunde qui contrôlent les taxes, l’exploitation des ressources naturelles et en plus des groupes armés étrangers comme les FDLR, Red Tabara, et leurs alliés locaux, des violences interethniques et des groupuscules armés sont aussi observés à l’Ouest de la RDC précisément au Mai Ndombe où les Teke et les Yaka s’entretuent suite aux conflits fonciers non arbitrés correctement par les institutions étatiques.
De temps en temps dans le Nord du Katanga, l’insécurité des groupes armés est aussi notée sans oublier les opérations sporadiques d’un groupe connu, Bakata Katanga, caractérisent l’image sécuritaire de la stabilité de la RDC actuellement.
Cet état des choses fait stagner le progrès en matière de développement. Pour se dédouaner des échecs en matière de stabilisation et pacification de la république, malheureusement les autorités choisissent la voix de la propagande et de la recherche des justificatifs, par les boucs émissaires et plus spécifiquement le Rwanda qui résonne mieux que quiconque en référence à ses revendications et accusations contre la RDC devenue sanctuaire des génocidaires armés.
C’est dommage que la RDC s’investisse plus dans la condamnation et les accusations exagérées et constantes contre le Rwanda au lieu de s’atteler à bâtir les institutions solides et efficaces à la base et au sommet pour sécuriser, organiser et développer le pays et coopérer efficacement avec la région pour gérer conjointement les défis sécuritaires transfrontaliers et le commerce légal des ressources naturelles et de tout autre produit et service commercial dans la région.
La politique de bouc émissaire ou de confrontation ne sera ni bénéfique, ni porteuse de bons résultats à la RDC elle-même et à l’intégration régionale, un objectif primordiale de l’Union Africaine, pour un continent plus uni et plus fort politiquement et économiquement sur l’échiquier mondial.
Le Canapé: La RDC jusqu’à présent ne manifeste pas la volonté d’exécuter les décisions de Nairobi et la feuille de route de Luanda. A votre avis, comment sortir de cette situation d’impasse?
Amb. Vincent Karega: La question est complexe dans la saison électorale. Pour gagner la popularité, le gouvernement actuel doit prouver au public qu’il a écrasé les groupes armés qu’il qualifie de terroristes ou d’agresseurs étrangers. Même si c’est plus sage et idéal de dialoguer et de trouver une solution pacifique et durable.
Ce choix sera impopulaire par rapport au narratif du gouvernement qui voudrait se démarquer au gouvernement antérieur traité d’inefficace en matière de gestion de la sécurité.
La difficulté actuelle pour le gouvernement congolais découle de son propre narratif plein de distorsions de la réalité de terrain pour peut-être servir à court terme à un agenda électoral, mais malheureusement ébranler les fondations de la stabilité et de la prospérité du futur proche.
Le Canapé: Certains analystes parlent des calculs électoraux. Pensez-vous que Tshisekedi au pouvoir pour un second mandat pourra favoriser le rétablissement de bonnes relations avec le Rwanda?
Amb. Vincent Karega: C’est difficile à dire car les dommages auront été très importants. Cependant la politique étant ce qu’elle est, impossible n’est pas politique. Les ennemis d’hier peuvent être les amis de demain et vice versa. Les intérêts surpassent les sensibilités émotionnelles et les ego momentanés. Qu’il gagne ou qu’il perde les élections, le facteur temps et la dynamique des activités de gouvernance, des groupes armés, des actions régionales peuvent redéfinir et recadrer le contexte et les relations bilatérales et internationales.
Propos recueillis par Gérard Rugambwa




































































