Le ministre rwandais de la justice, Dr. Emmanuel Ugirashebuja, dans son discours devant la Cour Permanente d’Arbitrage (CPA) de la Haye ce mercredi 18 mars, a donné des clarifications sur le conflit opposant le Rwanda au Royaume-Uni concernant l’accord sur les migrants avant que l’audience proprément dite ne soit lancée.
En vue probablement d’éviter que les juges de la CPA de la Haye, aux Pays Bas, ne s’embrouillent au début, le ministre rwandais de la justice, Dr. Ugirashebuja, a pris les devants pour expliquer le contexte rwandais ayant conduit à la signature d’un accord portant sur le transfert des migrants illégaux vers le Rwanda.
” Le Rwanda est profondément sensible au sort de ceux qui cherchent la sécurité et la sûreté dans un nouveau pays. De nombreux Rwandais ont fait l’expérience de ce que signifie être déplacé. C’est cette expérience collective qui a façonné les politiques du gouvernement rwandais en matière de migration et d’asile,” a-t-il dit d’emblée.
Il a rappelé que le Rwanda a reçu plus de 130.000 réfugiés et demandeurs d’asile selon le Haut Commissariat des réfugiés (HCR). Et qu’il en est fier. Ils sont en provenance des voisins, mais également des pays plus éloignés comme la Libye et l’Afghanistan. En vue d’illustrer ses propos d’un fait récent, le ministre Emmanuel Ugirashebuja a révélé à la Cour Permanente d’Arbitrage (CPA) l’accueil de 164 nouveaux demandeurs d’asile au mois de février dernier, conformément à l’accord entre le Rwanda et le HCR.
Il a relaté l’accord conclu en 2021 avec l’Organisation internationale pour les migrations afin de réinstaller des jeunes filles afghanes. Elles avaient été exclues de l’enseignement secondaire par le régime taliban. L’Ecole de leadership d’Afghanistan a été créée à Kigali et accepte les candidatures de jeunes filles réfugiées afghanes du monde entier. Une école qui continue de fonctionner, a souligné le ministre Ugirashebuja.
Pour insister sur l’expérience rwandaise en matière d’accueil des réfugiés et des demandeurs d’asile, il n’a pas manqué de mentionner l’aide offerte à plus de 200 étudiants soudanais en médecine de l’Université des sciences et technologies médicales de Khartoum accueillis au Rwanda pour pouvoir terminer leurs études. La situation sécuritaire dans leur pays et la fermeture des universités ne pouvaient pas le leur permettre.
Sans doute que cette expérience très riche a influé sur la décision de le Royaume-Uni de lancer le ”Partenariat pour la migration et le développement économique” (MEDP) avec le Rwanda en vue de faire face au problème des migrants illégaux.
Le ministre Emmanuel Ugirashebuja a précisé que le Royaume-Uni, en retour, a aidé le Rwanda à améliorer sa capacité à accueillir et à intégrer les réfugiés sur son territoire. Il a poursuivi son intervention en indiquant que le MEDP devait soutenir les stratégies migratoires du Rwanda qui visaient à créer des opportunités tant pour les communautés d’accueil que pour les communautés de réfugiés au Rwanda.
De son côté le Rwanda s’est empressé de mettre en œuvre ses engagements, a déclaré le ministre de la justice, Dr. Ugirashebuja. Il a cité de nombreuses initiatives prises dans le cadre des préparatifs à accueillir les migrants. ” Ce qui a entraîné des coûts importants,” a-t-il signalé.
Les deux parties ont créé le Fonds pour la transformation et l’intégration économique (ETIF), selon le ministre. Les fonds engagés sous son égide étaient destinés à soutenir ” une croissance économique durable et inclusive au Rwanda” et à ” améliorer les conditions de vie de la population réfugiée existante et des communautés d’accueil”. Dans ce cadre, le Royaume-Uni s’est engagé à verser 50 millions de livres sterling au titre de l’ETIF en avril 2025, puis 50 millions de livres sterling supplémentaires en avril 2026. Le protocole d’accord venait d’être contraignant en 2024, a précisé le ministre.
Entre temps, le Royaume-Uni a connu un changement de gouvernement. Tout est tombé à l’eau. Le nouveau Premier ministre, Keir Starmer, a cherché à se soustraire à ses obligations légales. Selon le ministre de la justice, Dr. Emmanuel Ugirashebuja, le Royaume-Uni n’a notifié la dénonciation du Traité qu’en décembre 2025. Elle n’a pris effet que lundi dernier le 16 mars.
Pour le Rwanda, le Royaume-Uni doit honorer ses engagements.
Gérard Rugambwa




































































